Les munichois

En gros ce que dit Michel Onfray c'est que Daech (qu'il appelle d'ailleurs l'État Islamique) est un État comme les autres, avec son armée et ses soldats (sauf que ses soldats sont parmi nous), et que l'on doit trouver une solution pour s'entendre avec eux et en quelque sorte signer un armistice plutôt que d'aller les bombarder. Il commet une grosse erreur et je suppose qu'il en est conscient mais qu'il y tient par jubilation de provoquer, volonté de se démarquer, voire de prendre le contre-pied, de ses contemporains. Sa pensée sur ce point est erronée et munichoise (au sens de "la paix à tout prix même avec le diable").

Est-il possible qu'il pense sincèrement qu'arrêter de pilonner Daech et l'accepter dans le concert des nations nous attirerait leurs bonnes grâces et arrêterait les attentats et les menaces d'attentats ? Tout ce que je lis m'incite à penser, au contraire, que Daech pratique le takfirisme qui pose comme principe l'élimination de tous les non-musulmans ou leur conversion à leur obédience islamique et de tous les musulmans qui ne pensent pas comme eux. Tout ce que j'apprends de Daech me fait penser que son idéologie est absolument contraire avec toutes les valeurs qui nous sont chères de démocratie, de tolérance, de respect des différences en particulier religieuses. Comment ne pas voir que ce soi-disant État n'en est pas un mais une secte apocalyptique, jusqu’au-boutiste et terroriste. Comment appeler soldats ces fanatiques qui tirent sur des civils sans défense. Quand Onfray dit que "une trêve pourrait être conclue entre l'EI et la France pour que son armée dormante sur notre territoire pose les armes" il est soit d'une naïveté inouïe soit d'une ignorance totale. Quoiqu'il en soit cette idée me fait irrésistiblement penser aux partisans des Accords de Munich de 1938 qui choisirent la paix c'est à dire la faiblesse et le renoncement face à la détermination des Nazis. On a vu ce que ça a donné. Et comme Churchill le déclara alors on est tenté de dire à Michel Onfray : "ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre".

Comprendre

Depuis le 13 novembre je m'efforce de lire un grand nombre de choses sur Daesh, le terrorisme, les attentats, l'islam, ce qu'il faut faire maintenant. J'ai la conviction que la connaissance vaut mieux que l'ignorance et c'est ce qui me pousse à chercher à en savoir plus sur tous ces sujets. Il ne faut pas le cacher c'est aussi ma façon à moi de mettre les attentats à distance donc de lutter contre l'inquiétude, la peur et la colère. Mais mes efforts pour comprendre ne me mènent pas très loin. Il m'est impossible de comprendre l'état d'esprit des adeptes de Daesh. Il m'est difficile de de me faire une opinion sur ce qu'il convient de faire pour détruire cette engeance et nous protéger. Tout juste suis-je persuadé qu'il faut les réduire à l'impuissance, au moins, mais par quels moyens ? J'attends encore de voir un plan d'action vraiment réfléchis et intelligent.

Légère saturation

Quand tu te rends compte que c'est avec impatience que tu attends les conférences de presse télévisées en direct du procureur de la république de Paris François Molins à la télé (avec son petit accent du sud qui fait passer les trucs inouïs qu'il raconte pour une galéjade), tu sais que les temps sont durs et qu'il faudrait que tu débranches un peu.

Ça m’énerve !

Après le 11 septembre 2001 j'avais été surpris et outré par les "intellectuels" qui disaient en substance "C'est dommage mais ils l'ont bien cherché". Aujourd'hui, après le 13 novembre 2015, je ne suis plus surpris mais toujours outré par ceux qui disent exactement la même chose. Cependant, comme il s'agit maintenant de mon pays et de ma ville, ça me touche et me révolte encore plus.

En fait deux catégories de déclarations me mettent en colère : ceux qui disent en substance : "on l'a bien cherché" (comme Michel Onfray) et ceux qui jubilent plus ou moins ouvertement parce que ces attentats confirment leur idéologie raciste et/ou antiremplaciste et que ça touche en priorité ces "bobos" cosmopolites qu'ils méprisent ou détestent (comme le fait Renaud Camus).

Vils flatteurs !

Daech, dans son communiqué de revendication, appelle Paris "la capitale des abominations et de la perversion". Vils flatteurs !

Il faut continuer

À Madrid en 2004 : 191 morts et 1800 blessés. Londres en 2005 : 52 morts et 700 blessés. Ces capitales ont augmenté les mesures de sécurité, enterré leurs morts, soigné leurs blessés et la vie a continué de plus bel. C'est exactement ce que nous devons faire, nous ne devons pas nous laisser terroriser, changer notre mode de vie, c'est ce que les terroristes veulent. Continuons à participer à la vie parisienne vibrante et joyeuse, à boire aux terrasses des cafés, à aller aux concerts.

Le lendemain

Hier soir, avant les attentats, je marchais dans Paris pour aller de St Michel au Cricketer, un bar de la rue des Mathurins, où j'avais rendez-vous avec Daylon pour boire une bière. J'ai traversé la Seine devant la Conciergerie, puis j'ai pris les quais, le Louvre, puis la rue de Rivoli, la Place de la Concorde, la Madeleine. Je me suis dit que Paris était la plus belle ville des villes que je connaissais et que j'étais heureux d'y vivre. Ce matin je le pense encore plus que jamais.

Jeudi douze novembre 2015

Lendemain d'un mercredi férié. On se croit lundi toute la journée. De temps en temps on réalise qu'on est jeudi. Petite joie à chaque fois. Joie de n'être pas lundi. Ciel gris toute la journée. J'observe le Sacré Cœur depuis la petite fenêtre du bureau, il est gris comme le ciel. Je me réjouis de temps en temps à l'idée que les soucis actuels sont en voie de disparition prochaine. Il y en aura d'autres à n'en pas douter mais enfin ceux-là seront terminés, bientôt. J'ai appris hier soir que Y. allait habiter en Grèce prochainement. Rêves de voyages là-bas. Delphes, Athènes, Corinthe, Spetsai, etc.

Au déjeuner j'écoute, ou plutôt j'entends, sans intervenir mes collègues se plaindre des enseignants. C'est une sujet de conversation très Français, ça, se plaindre des enseignants, jalouser leurs congés. Je n'interviens pas dans ce genre de discussion. Mon opinion est différente de la leur mais aucune envie de les exciter, ils font déjà ça très bien tout seul. J'ai, la plupart du temps, des opinions contrariantes pour la majorité des gens. Souvent j'ai envie d'être contrariant pour le plaisir, mais cela m'amuse de moins en moins. Je ne prends plus parti. Je laisse dire, même les âneries. À quoi bon. J'ai la flemme. J'en ai un peu assez qu'ils me considèrent comme un original (un peu cinglé), au moins, comme un prétentieux, au pire. Enfin ils sont tous réacs je crois, je ne sais pas où se cachent les gauchistes, je n'en vois jamais ailleurs que sur Facebook. Je pourrais même abonder dans leur sens, en rajouter, je connais leurs arguments par cœur. Ça m'amuserait peut-être un temps. Mais non je me tais, je pense à autre chose, je m'évade, quelques secondes et je ne les entends même plus. Leur conversation se mêle au brouhaha général,  au bruit de fond.

Dans l'actualité l'intense comédie des prétendants Républicains aux élections présidentielles américaines. Encore un "débat" l'autre soir. On dirait qu'ils font assauts d'outrances, d'énormités, de bêtises prononcées avec aplomb. Trump en est presque à préconiser un génocide des Latinos. Carson ment sur son passé comme il respire. Tant de pieds nickelés qui convoitent le poste de président de la première puissance mondiale et qui sont soutenus par tant de citoyens c'est effrayant quand on a cessé de rire de leurs pitreries. Carson qui déclare que les pyramides étaient des greniers à grains bâtis par Joseph (le Joseph de la Bible, vendu par ses frères aux Égyptiens et devenu chez ceux-ci une sorte de premier ministre du pharaon). Cruz qui veut supprimer l'administration fiscale, carrément. À coté de ces clowns les Bush et Rubio font figure de modérés et d'intellectuels. C'est peut-être ça d'ailleurs les coulisses de toute l'affaire : faire passer des demi-portions pour de grands intellectuels aux idées acceptables.

Les primaires américaines

Aux États-Unis les candidats du Parti Républicain aux élections primaires de leur parti sont tous plus tarés les uns que les autres et en plus ils sont très nombreux, au point que pour les débats les télés sont obligés de n'en inviter qu'une sélection.

Les candidats les plus inéligibles de par leur degré de psychopathie sont : l’inénarrable Donald Trump, un magnat de l'immobilier, qui enchaine énormités sur énormités, insultes et mensonges avec un aplomb incroyable. A ses cotés on trouve Ben Carson un neuro-chirurgien Afro-américain à la retraite, qui n'est pas loin de Trump en ce qui concerne les idioties sorties à la minute (en plus d'être un fanatique religieux); Ted Cruz, sénateur du Texas et facho convaincu, tendance Tea-Party; Rick Santorum un fanatique religieux évangéliste; Rand Paul un libertarien (anarcho-capitaliste, en gros); Mike Huckabee, même genre que Rand Paul avec fanatisme religieux en plus. Voilà pour les plus cinglés.

Suivent quelques candidats raisonnablement éligibles (mais à quel prix ?) : Carly Fiorina, ex PDG d'Hewlett-Packard, qui n'a pas fait d'étincelles dans sa vie professionnelle et qui n'a aucune expérience (voire de simples connaissances) politiques; Chris Christie, actuel gouverneur du New Jersey, politicien roué et aguerri mais qui traine une véritable batterie de cuisine à ses baskets; Lindsey Graham, respectable sénateur des US mais poids plume politique; Bobby Jindal, Indien-américain et gouverneur de la Louisiane, lui aussi poids léger en matière de politique et enfin les deux candidats les plus plausibles : Marco Rubio et Jeb Bush.

Jeb Bush, fils et frère des deux ex-présidents et ex-gouverneur de Floride a quelques atouts : une expérience politique certaine, une bonne cote de popularité chez les Hispano-américains, c'est un candidat réac mais raisonnable. Toutefois sa campagne est en chute libre en ce moment à cause de son manque d'enthousiasme et de son manque de charisme personnel.

Marco Rubio, d'origine cubaine, sénateur de Floride, semble le candidat le plus raisonnablement éligible, il est jeune, il a du charme, il est relativement expérimenté et pas trop à droite (pour un membre du GOP), il dispose, vu ses origines, d'un capital sympathie chez les Hispano-américains mais bien sûr à l'opposé, son handicap est qu'il n'est pas anglo-saxon d'origine.

Bref aucun de ces personnages ne semble pouvoir rivaliser avec Hillary Clinton, coté Démocrate. Mais Hillary a aussi quelques problèmes : son mari et ex-président me parait être un atout et un handicap à la fois, elle traine quelques casseroles et n'est pas au-dessus d'utiliser des coups tordus contre ses adversaires, un grand nombre de gens semblent réticents à lui faire confiance vu son gout du secret et du fait qu'elle est une politicienne professionnelle particulièrement rouée (et une juriste) et bien sûr c'est une femme...

Une vieille histoire

(Une histoire de famille — ma famille — m'a inspiré ce petit billet).

C'est une histoire parfaitement morale en fait : la vieille folle qui meure seule et détestée par tous, sur le petit tas d'argent qu'elle a volé à son mari et aux enfants de son mari et qu'elle a acquis en enfermant ledit mari dans une camisole psychologique longuement et patiemment tissée par ses soins, sans jamais desserrer son emprise, en le séparant par les moyens les plus vils de ses amis, de ses enfants, l'arrachant finalement à la ville où il avait passé toute sa vie et où il avait toutes ses attaches, jusqu'à l'avoir pour elle seule après l'avoir transformé en zombi terrorisé, et après la mort de son mari ne jamais profitant de l'argent mal acquis ni pour faire le bien, ni pour s'offrir une vie de luxe et de loisirs, non, restant jusqu'à la mort dans son appartement de Limoges à boire de l'eau chaude.

Les changements c'est maintenant !

Le soir de fin d'été sur Paris, vu de mes fenêtres.


De façon assez inattendue, l'envie de bloguer m'est revenue. Mais si l'envie est revenue les motifs pour bloguer sont, jusqu'à aujourd'hui, restés absents (rien à dire, ou plutôt : à quoi bon...). Ou bien l'envie de bloguer a été affectée par le démon de la procrastination (en gros : la flemme). J'ai essayé d'ouvrir un nouveau blog sous Wordpress pour me relancer, puis j'ai abandonné cette idée. J'ai joué à modifier la présentation de cette page et à la modifier encore (de façon tout à fait ridicule je le concède, modifier mon template m'engage à de nouveau bloguer et puis ça m'amuse et me fait passer le temps). 

Il s'est produit un changement assez brusque chez moi, dernièrement. Depuis trois ans, environ, ma lassitude puis mon dégoût de Paris n'avaient cessés de croître. Je ne rêvais plus que d'habiter à la campagne, ou du moins dans une ville de province, calme, propre, détendue, moins populeuse. Et d'un coup, il y a environ une semaine, ce dégoût a disparu. Je ne peux pas dire que je suis aussi enthousiaste que je l'étais il y a quelques années à vivre dans la capitale mais du moins je n'en ai plus le désir tenaillant de la fuir. Ou bien est-ce peut-être l'illusion que je pourrais bien vivre à la campagne qui est tombé en face de la réalité des choses (nécessité d'avoir une automobile, isolement, etc.) Ou bien encore une certaine résignation survenue lorsque j'ai calculé que pour vivre avec des revenus corrects à la retraite il me fallait travailler encore au moins cinq ans, ici, à Paris. Je ne me souviens plus qui disait que savoir n'était pas savoir quand on n'avait pas encore admis et accepté le savoir en question. Il est possible que j'ai fini par accepter, ou par admettre, que j'étais dans une position qui ne me permettait pas de vivre ailleurs qu'à Paris pour assez longtemps et que je devais m'y faire ou être tout le temps insatisfait. Ou encore il est possible que j'ai été soudain conscient du fait que me plaindre de vivre à Paris pouvait être scandaleux aux yeux de beaucoup de gens dont c'est le souhait ou même le rêve. Bref, que j'étais finalement assez vernis, en fait !

Donc : envie de bloguer et nouvelle appréciation de ma ville sont au programme de cette rentrée. C'est plutôt positif, non ? Pourvu que ça dure !

Un incendie près de chez moi

Je reconnais être un peu choqué par l'incendie qui a eu lieu la nuit dernière rue Myrha, à 600 m. à vol d'oiseau de chez moi. Il y a eu huit morts et quatre blessés, deux personnes se sont défenestrés avant l'arrivée des pompiers. Je n'ai rien entendu ni rien vu et je ne me suis rendu compte qu'il s'était passé quelque chose que quand je suis passé rue Stephenson pour aller au travail, ce matin. Je passe presque tous les jours devant l'immeuble qui a brûlé pour me rendre au bureau. C'est un quartier très troublé, la Goutte D'Or, il y a beaucoup de pauvres et beaucoup de tensions parce que c'est un quartier où habitent beaucoup de gens d'origines maghrébine et africaine et où la délinquance est assez forte. Il y a une importante mosquée dans cette rue, et comme il semble que cet incendie soit de nature criminelle, ça ne va pas arranger les choses.

Vu sur le parc


Hier j'en avais marre de vivre à Paris, ça fait déjà quelques temps que je n'éprouve plus de plaisir à habiter dans la capitale. J'ai fait une grande promenade à pieds qui m'a mené de chez moi dans le dix-huitième arrondissement jusqu'au Parc des Buttes Chaumont dans le dix-neuvième (40 minutes de marche environ), suivi d'une promenade dans le parc et le retour. Et j'ai réalisé que ce n'était pas de Paris que j'étais fatigué mais de mon quartier et de mon immeuble. Au point que le dix-neuvième m'a paru joli et habitable (enfin une partie du dix-neuvième au moins...) Du coup je cherche sans trop y croire ni y être trop décidé à me loger dans un appartement sinon avec vue sur le parc (ou sur le canal de l'Ourcq) du moins à proche distance. 

Au bout du monde

L'océan est gris, à peu près de la même couleur que le ciel (le ciel a mis un peu plus de blanc dans son gris), la ligne d'horizon est quasiment invisible quand elle n'est pas soulignée par les îles qui font comme des traits noirs plus ou moins épais. Il fait 18° C., il y a une petite brise d'ouest qui fait frissonner les palmiers du jardin (oui, il y a des palmiers dans le jardin, le climat est clément car il y a peu de variations de température tout au long de l'année et il ne gèle jamais). Dans le cadre de la fenêtre qui donne sur l'océan passent des bateaux, une barge pleine de sable, des bateaux de pêcheurs de crustacés qui rentrent au port, le Fromveur ou l'Enez Eussa qui vont et viennent entre Ouessant, Molène et Le Conquet.

Je suis arrivé hier du pays où la canicule sévit, il faisait 30° à Paris et j'ai mis un pull pour la première fois depuis un mois. Les gens ici semblent être en manque de soleil et de chaleur, ils vous montrent avec envie les photos de leurs relations dans des régions brûlantes se pavanant dans leur piscine par 40° à l'ombre.

La pluie se remet à tomber, l'horizon et les îles disparaissent complètement dans le gris blanc de la brume. Je suis au Conquet, Finistère, à l'extrémité ouest du continent européen, la Bretagne occidentale.