dimanche 18 janvier 2015

jeudi 15 janvier 2015

"Mes enfants m'ont vaincu !"

Le Talmud raconte un célèbre débat entre des grands sages à la maison d’étude. Ils débattent comme ils savent si bien le faire. Le ton monte et chacun défend avec passion et virulence son point de vue. Imaginez l’ambiance d’une conférence de rédaction à Charlie Hebdo , transposée au monde de la Yeshiva.
Rabbi Eliezer dit alors : « J’ai raison, j’ai forcément raison. Pour le prouver, dit-il, que cet arbre soit immédiatement arraché ! » Dans la seconde, l’arbre est déraciné et planté 100 mètres plus loin. Réaction des autres rabbins : ils haussent les épaules : « Et alors ? Cela ne prouve rien ! »
Alors, Rabbi Eliezer poursuit sa démonstration : « Si j’ai raison que les murs de la maison d’étude s’effondrent sur nous ». Immédiatement, les parois de la Yeshiva commencent à s’affaisser. Les autres sages se tournent vers les murs et leur disent : « De quoi je me mêle ? Ceci est un débat entre les sages, ne bougez pas et restez en place ! » Les murs s’immobilisent.
À bout d’arguments, rabbi Eliezer en appelle à Dieu lui-même et dit : « Si j’ai raison qu’une voix céleste le confirme ». Immédiatement, une voix céleste annonce : « Rabbi Eliezer a raison ». Silence à la maison d’étude. Alors, se lève un homme, Rabbi Yoshoua et il dit à Dieu : « cette discussion ne te regarde pas ! Tu nous as confié une loi, une responsabilité, maintenant elle est entre nos mains. Tiens-toi loin de nos débats. »
Voilà comment les rabbins du Talmud parlent à Dieu, avec une certaine insolence, en lui disant : « N’interviens pas dans les débats des hommes, car la responsabilité que tu nous as confiée est entre nos mains. »
Cet épisode s’achève de façon plus étrange encore, par la réaction de Dieu. En entendant cela, affirme le Talmud, Dieu se met à rire et il dit avec tendresse : « Mes enfants m’ont vaincu ! ».
Pourquoi vous raconter cette histoire ? Quel rapport a-t-elle avec Elsa ? En apprenant à découvrir son univers ces derniers jours, il m’a soudain semblé que cette histoire était très « cayatienne ».
C’est l’histoire d’un divin qui rit et se réjouit d’une humanité impertinente, d’une humanité qui dit avec humour à son dieu « Prière de ne pas déranger – nous sommes aux commandes ».
C’est l’histoire d’un dieu qui rit et se tient à distance, d’un dieu qui se réjouit qu’on lui dise : le monde est « athée », au sens littéral du terme, c’est à dire que Dieu s’en est retiré pour que les hommes agissent en êtres responsables. Ce dieu-là n’est pas le dieu des Juifs mais le dieu de tous ceux qui, croyant en lui ou n’y croyant pas, considèrent que la responsabilité est entre les mains des hommes, et tout particulièrement de ceux qui interprètent ses textes. Bref, un dieu de liberté.
Rabbin Delphine HORVILLEUR Lors des funérailles d'Elsa CAYAT, le 15 janvier 2015.

Jewish textuality

Here is one astounding constant of Jewish history since (at least) Mishnaic times: every boy was expected to go to school from the age of three to the age of thirteen. This duty was imposed on male children and their parents, administered and often subsidized by the community. At school, often a tiny one-room, one-teacher, multiage affair, the boys studied Hebrew—not their mother tongue, and not a living language even in Talmudic times—at a level sufficient for both reading and writing. This ten-year study was unconditional, independent of class, pedigree, and means. Some boys surely dropped out prior to becoming a Bar Mitzvah, but few remained illiterate. The secret was to teach them a great deal in their earliest years, and wisely pamper them with sweets to munch with their first alphabet. Where other cultures left boys in their mothers’ care till they were old enough to pull a plough or wave a sword, Jews started acculturating their youngsters to the ancient narrative as soon as the tots could understand words, at two years old, and read them, often at the ripe age of three. Schooling, in short, began soon after weaning. The Jewish twist also pertained to the vessel in which the ancient narrative was served up to the scions. Early in our history we began to depend on written texts. On books. The great story and its built-in imperatives passed from generation to generation on tablets, papyri, parchments, and paper. Today, as we write this book, the historian among us checks all our references on her iPad, and she cannot resist the sweet reflection that Jewish textuality, indeed all textuality, has come full circle.
Amos Oz, Fania Oz-Salzberger - Jews and Words

Pupils and teachers

In our post-Freudian era, the teacher-student and father-son pairings, sometimes overlapping and metaphorically akin, carry great fascination. Think of it this way: Jewish tradition allows and encourages pupil to rise against teacher, disagree with him, and prove him wrong, up to a point. This is a Freudian moment, quite rare in traditional cultures. It is also a key to intellectual innovation, up to a point. We don’t know whether the rabbinical Jews could have broached modernity on their own without that mighty push from the outside world. But we do know that they were able to teach the modernizing world a lesson in good disputative education. Also—witness Marx, Freud, and Einstein—something about strong father figures, intergenerational rebellion, and rethinking old truths. Up to a point, we say, because rebellion had its limits. You could not throw off the whole business of God, faith, and Torah. If you did, you would be chased away. Even if you were as brilliant and beloved as Elisha ben Abuya, the fallen lord of Mishnaic learning who went over to the Romans, your name would be erased from record in punishment for your apostasy. But wait: Elisha’s wisdom was too great to obliterate, so he would still be quoted, and still appears in the Talmud, as “The Other.” Acher.
Amos Oz, Fania Oz-Salzberger - Jews and Words

lundi 12 janvier 2015

La lumière au bout du tunnel?



Fichue semaine, vraiment. Lundi je me suis réveillé avec une bronchite (oui c'est dérisoire au vu de ce qui s'est passé après, mais ça n'aide pas à bien naviguer mentalement dans le gros temps). Mardi le rhume s'est déclenché pour de bon, la tête pleine de morve et la toux grasse fatigante. Mercredi la gueule de bois au maximum et l'attentat. Le cauchemar commençait vraiment. J'ai passé les jours suivants dans un état d'abattement, de cafard noir, de colère, d'excitation, d'hébétude devant les télés d'informations en continu et parfois de tout ça en même temps. Vendredi soir le soulagement que le désastre soit fini a fait place à une profonde tristesse devant tout ce gâchis. Tristesse dont je ne suis sorti qu'hier grâce à l'immense manifestation de civisme et d'unité de mes concitoyens. Aujourd'hui je suis presque en forme de nouveau et un peu plus optimiste qu'avant-hier. Non, ce ne sont pas les quelques ballots qui font des procès en pureté de fidélité à Charlie Hebdo (en bons petits staliniens), qui font la morale aux gens qui ont applaudi les flics hier dans la rue, qui vont me déprimer. Je veux être positif et changer de sujet, j'en ai besoin, nous en avons tous besoin.

Unis pour défendre les valeurs de la République


(© Martin Argyroglo)

Les marches républicaines qui ont eu lieu hier partout en France et même dans les petites villes de province ont été les plus larges jamais enregistrées. Près de quatre millions de personnes sont sorties dans la rue, unis pour la défense des valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité, la défense de la liberté d'expression, le refus du terrorisme et de la violence, la défense de la démocratie. ce fut une journée historique.

Alors certes, on peut pinailler. On peut regretter tous ces chefs d'États venus marcher à Paris avec le peuple de France. Ça pouvait sembler hypocrite ou opportuniste, d'autant qu'il n'y avait pas que des défenseurs acharnés de la liberté d'expression parmi eux (euphémisme). Oui, mais moi ça m'a fait plutôt plaisir et ça m'a ému, c'est comme ça, je suis sentimental, tout comme tous les témoignages de solidarités venus des quatre coins du monde.

Et on peut aussi ratiociner sur l'action de la police et sur les applaudissements qu'ont recueillis les policiers pendant la marche républicaine, à Paris en particulier. 

Les policiers n'avaient pas d'autres choix que de tuer les trois terroristes, ceux-ci étaient prêts à mourir en martyr dans l'assaut de la police. L'un d'entre eux détenait des otages et les deux autres n'en détenaient pas mais se sont jetés dehors en tirant sur les gendarmes. Celui qui détenait les otages en a d'ailleurs fait autant, les images le prouvent.

Il est regrettable d'avoir eu à les tuer, certes, mais ceux qui le déplore feraient bien de proposer leur solution tactique pour venir à bout d'une prise d'otage par un individu fanatisé, qui veut mourir en martyr.

Hier, à la marche républicaine la foule (et moi-même) avons acclamé la police. C'était un peu surréaliste. Mais nous avons acclamé les policiers, non pas parce qu'ils ont tué les trois terroristes, mais parce qu'ils ont subi trois pertes dans leurs rangs, trois policiers qui nous protégeaient, nous simples citoyens, ont été tués. Nous les avons applaudis parce que leur action professionnelle a sauvé des enfants, des femmes et des hommes, les otages. Nous les avons acclamés par ce que nous croyons aux valeurs de la République et que la police, quand elle-même respecte ces valeurs et fait son travail, fait partie de la République et protège ses citoyens. Et c'est exactement ce qu'ils ont fait pendant ces trois jours de cauchemar et ce qu'ils ont fait dimanche partout en France pour que les marches républicaines se passent sans incidents.

Alors oui je crois qu'il est bon d'acclamer les policiers qui font leur travail, qui est de nous protéger, qui le font en toute légalité et qui sont en première ligne (la première ligne de défense)  et première cible dans ce combat contre les terroristes.

J'ai conscience d'être un peu grandiloquent mais il fallait que ça sorte et c'est sorti comme ça.

vendredi 9 janvier 2015

Cabu

Phersv dit tout ce je ressens exactement à propos de Cabu (et de Charb aussi) et qui explique pourquoi je suis triste et en colère :
C'est la première fois qu'un attentat ne me semble pas frapper seulement des individus ou un symbole mais quelqu'un que j'avais toujours eu l'impression de considérer comme un ami sans le connaître, depuis les vieux Pilote de 1968. Cela n'aide pas tellement à permettre une débat dépassionné.
Cabu n'était pas seulement quelqu'un de visiblement si bon. Il était peut-être le plus grand dessinateur de presse français de tout le siècle dernier (qui pourrait lui être comparé ?) et il savait saisir quelque chose dans sa caricature qui devait paraître forcément violent dans sa vérité. Il dessinait sans cesse et tout talent ne peut que choquer car il semblait réussir à éviter les pudeurs de l'auto-censure (même s'il n'a cessé de réfléchir à certains cas limites et finit par renoncer par exemple à l'humour noir facile qui se servait de racourcis sur certains handicaps physiques).
La question est celle du sacré dans nos sociétés sécularisées. On nous accuse de ne rien garder de sacré, de ne plus avoir le sens du sacré et aujourd'hui on entend certains se moquer du fait qu'on aurait sacralisé les blasphémateurs. Mais c'est que le droit au blasphème devient d'autant plus sacré qu'on veut mettre quelque chose en dehors de toute critique. Si on veut interdire le blasphème par politesse ou courtoisie en craignant de blesser ce qui relève du sacré, on arrive aussi à interdire la critique en général. Charb et Cabu ne cessaient d'expliquer cette pente et quand on dit qu'ils mettaient de l'huile sur le feu ou qu'ils étaient irresponsables on oublie encore que ce qu'ils faisaient n'était pas que de la provocation gratuite mais bien quelque chose de nécessaire.
Ce style de dessin n'existe pas dans de nombreuses traditions graphiques - les Américains n'ont pas vraiment d'équivalent par exemple, ce qui explique souvent leur incompréhension et je m'étonne d'ailleurs finalement que certains humoristes comme Jon Stewart ait pu quand même si vite comprendre les enjeux pour apporter un soutien aussi inconditionnel.

mercredi 7 janvier 2015

Mon Charlie



Je suis né en 1957. Entre le milieu des années 70 et celui des années 80 j'ai été un lecteur assidu de Charlie Hebdo.  J'admirais sans retenue  les Cabu, Wollinski, Reiser, Cavanna, Siné, le Professeur Choron, Gébé. Le Grand Duduche de Cabu était ma lecture préférée avec son excellent "Mon beauf'". Plus tard je m'en suis un peu détaché mais j'ai toujours trouvé Charb et Tignous, les nouveaux, les petits jeunes qui avaient pris la relève, comme de formidables dessinateurs satiriques.  J'étais moins d'accord avec leurs positions politiques mais ils étaient là, toujours, pour nous empêcher de nous prendre trop au sérieux. Aujourd'hui ils sont tous morts. Reiser est parti le premier, il ne voulait pas devenir un vieux con, puis sont partis quelques membres de l'ancienne génération, un par un, Gébé, Cavanna, Choron. Mais aujourd'hui dans le massacre commis au siège du journal les derniers sont morts, tués par des fanatiques. Cabu, Charb, Wollinski, Tignous, Bernard Maris, sans oublier Phillipe Lançon, gravement blessé et deux fonctionnaires de police, ont été assassiné. Avec eux c'est une partie de moi-même, de ma jeunesse, qui s'en va... J'alterne entre stupeur, colère et tristesse ce soir.

samedi 3 janvier 2015

Des orages et des avions



Normalement un avion qui traverse un orage ne s'écrase pas, ni ne se retrouve dans une situation menaçante pour sa survie. Cependant un certain nombre d'avions ayant traversé ou essayé de traverser un orage se sont retrouvés en fâcheuse position voire se sont écrasés. D'une manière générale il est considéré comme peu prudent de traverser une cellule orageuse et les pilotes font quotidiennement leur maximum pour les éviter. Malgré tout, les avions sont conçus pour endurer un passage dans un orage et en général s'en sortent bien. Mais les pilotes essayent d'éviter ça pour trois raisons : c'est inconfortable, imprévisible et un environnement hostile dans lequel voler. Au vrai, faire traverser un orage à un avion, le rend très vulnérable. Ce qui, combiné à des facteurs humains et des problèmes de structure ou d'instruments accroit beaucoup les risques. À l'intérieur d'une cellule orageuse il y a de la foudre, de très fortes turbulences, des courants ascendants et descendants très violents, de la pluie, de la grêle et de la glace, toutes conditions qui sont considérées comme pouvant faire prendre des risques à un avion. Les pilotes repèrent les cellules orageuses visuellement ou sur leurs radars météos. Ils se faufilent entre les cellules ou autour en s'efforçant de ne pas faire trop de détours pour ne pas prendre du retard ou consommer trop de fuel. Les cellules orageuses ont la plupart des temps des surfaces au sol assez faibles se qui rend possible un contournement aisé. Par contre elles occupent souvent une altitude très importante, il n'est donc pas conseillé d'essayer de passer au-dessus, ce qui pourrait faire atteindre l'altitude maximale de l'avion et pourrait le faire sortir de son domaine de vol, le conduisant au décrochage.

On se souvient du crash d'Air France 447, consécutif au passage à travers un orage et à de la glace bouchant temporairement les sondes Pitot provoquant l'arrêt du pilote automatique (pour vitesse non fiable) et surtout la désorientation et désorganisation complète de l'équipage. Le pilote en fonction a mis alors son avion à cabrer jusqu'à le faire décrocher et n'a jamais compris pourquoi son avion s'était quasiment arrêté de voler !  Dans ce cas précis l'orage n'est pas le facteur principal de l'accident, c'est l'erreur humaine et la panique du pilote en fonction.

Le vol 421 de Garuda Indonesia, un 737, s'est retrouvé dans un très violent orage, en 2002. La pluie et la grêle furent tellement abondantes que les deux moteurs s'éteignirent. Les enquêteurs ont dit que l'avion avait rencontré une densité de grêle de 18 grammes par mètre cube d'air. Ce qui équivaut à voler dans 10 000 cubes de glace par seconde. Les pilotes n'arrivèrent pas à rallumer les moteurs et firent planer l'avion dans une rivière. Il y eu un mort et quelques blessés légers.

Le vol 612 de Pulkovo Aviation Enterprise était un Tulopev 154 qui s'est écrasé au nord de Donetsk en 2006. Dans ce cas précis les pilotes ont cru bon d'essayer de survoler l'orage au lieu de le contourner. Le cumulonimbus culminant à près de 50 000 pieds il s'avéra impossible de faire voler l'avion à cette altitude, la densité de l'air étant beaucoup trop faible pour le soutenir. L'avion décrocha et parti en vrille à plat, puis s'écrasa dans la campagne sans que les pilotes n'aient rien pu faire pour le rattraper.

mardi 30 décembre 2014

Rêves inquiétants

Fungus, © Reuters / Régis Duvigneau

Je fais beaucoup de cauchemars en ce moment, presque toutes les nuits. Je pense que ce sont les antibiotiques qui me font ça en se combinant avec un autre médicament que je prends tout le temps. Comme j'ai arrêté les antibiotiques aujourd'hui on va bien voir si ça s'arrête. J'aimerais mieux. Cette nuit j'en ai fait un dont je ne me souviens plus sinon que je me suis réveillé en sueur, à six heures du matin, avec la tenace impression que le rêve était ma vie réelle. Il m'a fallu un bon moment de raisonnements embrumés pour me rendre compte que non, le rêve dont je venais de me réveiller n'avait rien à voir avec ma vie réelle.

Mes cauchemars ont toujours la même forme : je me retrouve dans une situation où je dois faire quelque chose d'important que je ne suis pas en mesure de faire ou une action essentielle qu'il m'est impossible de faire, et par ma faute, soit que je ne suis pas à la hauteur des attentes que l'on a placé en moi, soit que je n'ai pas fait le nécessaire avant pour répondre à la demande présente (par exemple : je dois passer un examen sur une matière dont je ne connais pas la première notion faute de l'avoir étudiée). Les personnages changent, ce sont souvent des gens qui m'ont plus ou moins tourmenté par le passé. Je m'engueule souvent en rêve avec eux. Ces rêves sont particulièrement angoissants pour moi. Je mets toujours un moment avant de raccorder le rêve et la réalité en m'éveillant et en général je me sens soulagé parce que bien sûr la réalité l'emporte. Sylvette disait que c'était mon vieux fond de morale judéo-chrétienne qui me travaillait. En tout cas c'est toujours en effet un problème moral qui se présente : le devoir trahi, les espérances des autres en moi déçues. Je ne fais jamais des cauchemars horribles ou effrayants, non, des cauchemars moraux, ça c'est mon truc !

lundi 29 décembre 2014

Noël



Passé Noël à la campagne, ma belle campagne tourangelle, avec ma famille. J'ai été privé d'alcool (antibiotiques, toujours, pour ma dent creuse) mais heureusement pas d'interdictions pour la nourriture, qui fut excellente comme il se doit (huîtres, pâté, chapon, épaule d'agneau, foie gras, etc.). Le jour de Noël et hier après-midi grande promenade dans les bois. La forêt est dévêtue l'hiver mais ça sent bon les feuilles mortes et l'humus en formation, et puis le soleil rasant les troncs des pins c'est très beau.

Rentré hier soir à Paris sans regrets toutefois. L'avantage d'une grande ville par rapport à un trou de province c'est l'activité fourmillante, les lumières de la ville (à la campagne il fait noir, mais vraiment noir, la nuit et la nuit tombe très tôt en hiver), la douce chaleur des cafés et restaurants. J'aime le soir en ville quand les lumières s'allument dans les boutiques et les cafés, alors qu'à la campagne l'approche de la nuit, l'hiver, est un peu angoissante.

Coté santé, tout va mieux. Mon doigt blessé est cicatrisé (gros arc de cercle violacé), mon abcès dentaire presque réduit à rien (mais il faudra longtemps pour qu'il disparaisse complètement), j'arrête les antibiotiques aujourd'hui. J'en reprendrai deux jours avant de retourner chez le dentiste, la première semaine de janvier.

Le genre littéraire que j'affectionne le plus c'est le récit journalistique (narrative non-fiction, en anglais), c'est à dire une histoire vraie racontée par un écrivain comme Susan Orlean, Erik Larson, Jon Krakauer, Katherine Boo, ou Nathaniel Philbrick ou encore Mark Bowden ou Sebastian Junger, Daniel James Brown, Hampton Sides, ou David Grann pour n'en citer que quelques-un, ou les historiens-narrateurs comme Doris Kearns Goodwin ou David McCullough, David Halberstam, etc. En ce moment je me régale à la lecture de Unbroken de Laura Hillenbrand, l'histoire vraiment extraordinaire d'un aviateur américain, athlète olympique avant la Seconde Guerre Mondiale, descendu avec l'équipage de son B24 au dessus du Pacifique, survivant à peine dans un radeau de survie, pour finir prisonnier des Japonais. L'histoire est passionnante, extraordinairement documentée et très bien racontée. Ce genre : narrative non-fiction, inventé peut-être par Truman Capote dans In Cold Blood (De Sang froid), est une spécialité américaine, nombres de magazines comme le New Yorker, The Atlantic, Vanity Fair s'y sont quasiment spécialisés mais on peut en trouver aussi dans l'édition du dimanche des grands journaux comme le New York Times,.. Il y a des règles du genre : il faut une histoire vraie qui sorte de l'ordinaire, bien documentée, qui soit intéressante à lire, un ou des personnages attachants, une histoire racontée littérairement avec la voix et le style personnel de l'écrivain et donnant beaucoup de détails d'ordre privé ou sur l'époque pendant laquelle l'histoire se déroule. Il me semble que ce genre est peu pratiqué en France, je me trompe ?

mardi 23 décembre 2014

Gris, gris


Gris, gris et gris, désespérément gris est le ciel, et ce, depuis plusieurs jours. Rien à voir avec cette image mise là pour essayer de me remonter le moral. En théorie je suis en vacances mais en pratique je suis au travail étant donné qu'il fallait que quelqu'un soit au bureau pendant les fêtes. Au cas où. Je récupérerai mes jours de congés non pris l'année prochaine. Je ne travaille ni demain , ni vendredi toutefois. Mais toute la semaine prochaine je serai présent, et seul, au bureau. Sauf le jour de l'an. C'est ça quand on est célibataire et qu'on ne va pas aux vacances de neige.

Ce gris permanent et le peu de lumière absorbé me déglingue le moral, je crois. Ajouter à ça le problème de ma dent dont l'infection ne disparait toujours pas (ou bien lentement) (fort heureusement ça ne me fait pas mal) et les antibiotiques qui commencent à me faire sentir patraque, la plupart du temps.  Je vais revoir le dentiste ce soir. Vendredi soir il m'a fait un mal de chien à vouloir percer cet abcès qui ne coule pas, pas question ce soir qu'il recommence, j'espère que la prise des antibios va le faire dégonfler tout seul, il a déjà bien réduit et il rétrécit tous les jours un peu plus, j'espère qu'il n'y aura pas besoin de plus me charcuter.

Demain matin départ à la campagne. J'espère que ça va me remonter le moral.

vendredi 19 décembre 2014

Vieilles machines



Mon appartement et ma cave sont pleins de vieilles technologies qui ne servent plus, soit qu’elles ne fonctionnent plus, soit qu’elles sont obsolètes. J’ai ainsi quatre PC HS dont un IBM PC très très vieux, un frigo-congélateur mort, deux écrans d’ordinateur cathodiques, une vieille télé cathodique, un écran d’ordi plat qui fonctionne mais dont je n’ai plus besoin, un iPhone première génération, un iPhone 2S qui ne fonctionne plus, un ASUS ultrabook avec LINUX (le premier ultrabook commercialisé), plusieurs générations d’appareils photos numériques complètement obsolètes.

Il faut absolument que je me débarrasse de tout ça, mais d’une façon sécurisée, tous ces machins sont encombrants (moins les iPhones) et contiennent des produits ou des matériaux polluants. Comment faire ?

Le mental du gardien de phare



J'aime bien être seul. C'est même un besoin, quand je suis avec des gens pendant quelques temps il faut que je m'isole. Je peux rester plusieurs jours sans voir personne et sans m'ennuyer, et même sans ressentir le besoin de voir ou de parler à quelqu'un. Quand je voyage je voyage seul et franchement j'aime mieux ça que de voyager avec un autre. Etre seul, pour moi, c'est plus simple à vivre la plupart du temps et c'est une grande liberté. Bien sûr être relié à Internet aide beaucoup à supporter sa solitude, mais même avant Internet j'aimais bien me retrouver seul.

Mais dans ma vie solitaire je rencontre constamment un dilemme : autant la vie seul est plus simple tant que tout va bien, autant elle devient compliquée quand la moindre chose se met à dysfonctionner, en particulier quand on a un accident, qu'on est malade ou qu'on est inquiet (ou déprimé) ! Quand les choses se dérèglent on a presque toujours besoin des autres.

Le remède à cela est d'être en capacité de se passer d'autrui jusqu'à un certain point pour être aidé ou être réconforté en cas de pépin, c'est donc de pousser ses capacités d'autonomie assez loin et d'être prévoyant.  Adopter en partie le mental du gardien de phare ou du navigateur solitaire. C'est prévoir ce dont on pourrait avoir besoin pour se tirer d'un mauvais pas et s'assurer que tout est en place, réserves, moyens de secours, pièces de rechange et balise Argos en cas de besoin. C'est à cela qu'il faut que je travaille, actuellement mes capacités d'autonomie sont très réduites, quant à la prévoyance c'est un domaine où je suis carrément nul. Je vis beaucoup trop au jour le jour, en partie parce que je n'ai pas la responsabilité d'une famille et en partie parce que l'avenir me fait peur et que je n'aime pas y réfléchir.

Pour toutes choses il faut se donner les moyens. Si j'ai une résolution à prendre c'est celle là : travailler sur mon autonomie et sur la prévoyance. Je lance aujourd'hui ce projet !

jeudi 18 décembre 2014

Dur, dur

Est-ce que vous voyez l'enflure ?

J'ai connu des semaines meilleures que celle-ci. La semaine dernière j'ai commencé à me faire soigner une dent, une molaire couronnée avec une infection sur les racines de la dent sous la couronne. Cette dent ne me faisait absolument pas mal, seule la tuméfaction légère de la gencive m'inquiétait. J'ai commencé à prendre des antibiotiques, sans effet clair sur l'abcès, ni dans un sens ni dans l'autre.

Vendredi soir en coupant mon pain je me suis aussi coupé profondément le dessus de l'index gauche. Urgences. Hôpital. Cinq points de suture.

Samedi, coupure d'Internet chez moi.

Dimanche, mon iMac refuse de redémarrer, Internet toujours coupé. J'ai réussi lundi à remettre l'iMac en ordre de fonctionnement normal mais Internet n'est revenu qu'hier.

Lundi les adieux à Sylvette (voir ci-dessous), j'ai eu le moral dans les chaussettes toute la journée.

Mercredi, hier donc, je vais chez le dentiste, il me dégage les racines de la molaire pourrie; me prescrit du Flagyl en plus de l'autre antibiotique. Le soir même rage de dents! Une douleur sévère et la gencive qui enfle, enfle... Et le Doliprane qui n'est d'aucun effet. J'ai un peu dormi quand même (je ne sais pas comment). Ce matin je constate une grosse chique qui déforme ma joue gauche. Retour en urgence chez le dentiste. Malheureusement il n'arrive pas à vider l'abcès, pas assez mûr. Cependant la douleur a cédé, bien aidée par du Doliprane et de la Codéine et le Flagyl qui commence à faire effet (c'est d'ailleurs pour ça que l'abcès enfle, ça "collecte" comme dit le médecin !)

Demain je me fais enlever les sutures (le doigt va bien, lui) et je retourne chez le dentiste. J'espère passer un weekend reposant et que tout va rentrer dans l'ordre. Il n'y a plus que la dent à soigner.

lundi 15 décembre 2014

Au revoir Sylvette



Ce matin j'ai rendu visite pour la dernière fois à mon médecin, elle prend sa retraite vendredi prochain. J'avais une relation particulière avec elle, c'était plus un psy qu'un médecin généraliste, pour moi. Je l'aimais beaucoup. Je n'allais pas la voir très souvent mais chaque fois c'était un bon moment, nous discutions longuement, elle prenait le temps d'écouter. Certes, on patientait un peu longuement dans sa salle d'attente du fait que ses consultations duraient.

En la quittant je lui ai dit qu'elle était une grande soignante, respectueuse de ses patients, de leur dignité et de leurs points de vue. Elle était toujours d'une grande douceur et ne culpabilisait jamais les gens, elle compatissait, puis soignait, d'autant efficacement qu'elle avait permis au patient de se sentir psychologiquement moins mal. Son diagnostic était toujours prudent mais juste. Elle ne prescrivait que ce qui était nécessaire et ne poussait jamais à la consommation ni de médicaments ni d'examens inutiles. Elle était toujours rassurante.

Elle était l'antithèse parfaite de ces médecins qui accordent dix minutes montre en main aux patients, qui les engueulent, les culpabilisent ou les traite avec condescendance, qui ne les écoutent pas, qui ne respectent pas leur dignité et qui, parce qu'ils doutent secrètement de leur diagnostic, leur prescrivent des masses d'examens complémentaires inutiles et des tonnes de médicaments.

Elle va me manquer.

Coupure



C'est quand même bien de vivre à Paris et proche d'un grand hôpital et de vivre en France avec un système d'assurance santé efficace, je me suis rendu compte de tout ça à la faveur de ma petite expérience d'hier soir. Hier soir donc vers 20h30, j'ai voulu me faire un sandwich au fromage, mon couteau à pain a ripé et je me suis coupé l'index gauche sur une surface horizontale et triangulaire équilatérale d'environ 1 cm de côté. Je me suis aussitôt rendu compte que j'avais une profonde coupure et, après avoir rincé puis enroulé la plaie dans une grosse surface de Sopalin, je suis parti aussitôt, à pieds, sous une pluie battante (j'avais un parapluie) vers les urgences les plus proches, en l'occurrence celles de L'hôpital Lariboisiere, à quinze minutes à pieds de chez moi et à côté de mon lieu de travail.

Les urgences de l'hôpital Lariboisiere le vendredi soir sont assez fréquentées mais le personnel est remarquablement efficace. J'ai été très vite pris en charge par des infirmières qui m'ont fait un pansement provisoire et ont pris mes "constantes" (tension, température, fréquence cardiaque, tout normal). Puis j'ai été dirigé vers une salle d'attente pour attendre l'examen par le médecin.

La salle d'attente de l'hôpital Lariboisiere est une grande salle mal éclairée et plutôt sinistre, ou s'entassent les patients et leurs accompagnateurs, certains patients sont couchés sur des lits mobiles, les autres sont assis sur des chaises dures et inconfortables dont certaines manquent un dossier. À 22 heures c'est la relève et un bataillon de médecins arrive tout frais pour prendre en charge les patients. Je suis entré dans la salle d'attente à 21h30 et j'ai été appelé à 22h56 par une jeune interne au nom breton (qui s'est révélée être des Côtes d'Armor et connaissait bien Le Conquet, ce qui me l'a rendu aussitôt sympathique). Cécilia (c'est son prénom) a examiné la plaie, vérifié qu'aucun nerf ni tendon ni vaisseau sanguin n'avait été sectionné (aucun), a effectué un test pour savoir si j'étais immunisé contre le tétanos (je l’étais) et a suturé la plaie avec 5 points. Quelques conseils et une ordonnance plus tard j'ai pu rentrer chez moi. Je suis passé à la pharmacie du Boulevard Barbes que je sais être ouverte 24h sur 24 (c'est ça Paris!) et je suis rentré. J'ai fini mon sandwich (la scène de crime était propre, pas de sang partout, juste un peu dans mon lavabo).

Personnel soignant efficace et gentil, pas payé un centime pour les soins (carte Vitale et mutuelle), je suis très satisfait de l'hôpital Lariboisiere et je remercie la chance qui a fait que je ne me suis rien coupé de grave à part un bout de viande du doigt.

Je crois que je vais faire attention désormais à ce couteau à pain manifestement trop dangereux pour un maladroit comme moi!

mardi 9 décembre 2014

Le temps qui passe



La dernière fois que j'ai écrit pour ce blogue c'était le 26 novembre. Il y a exactement 13 jours, presque deux semaines. Entre cette date et aujourd'hui j'ai écrit sur Facebook, un peu sur Twitter, j'ai publié des photos, toujours sur Facebook. Le temps passe à une vitesse incroyable ma bonne dame ! J'ai l'impression d'avoir passé ces deux semaines dans un état de somnambulisme dont je viens de me réveiller. Bon, j'ai vécu, mais intellectuellement pas beaucoup. J'ai regardé la télé tel l'abruti moyen, j'ai travaillé (beaucoup) et j'ai rêvassé (un peu), j'ai dormis (assez bien et longtemps).

Parlant du temps qui passe vite : aujourd'hui je suis allé chez le dentiste, en consultant ses fiches il m'a fait remarquer qu'il s'était passé dix ans depuis ma dernière visite ! Il me semblait que c'était il y a longtemps, on m'aurait demandé j'aurais dit deux ou trois ans mais sûrement pas dix ans. Quand il a ouvert la porte de la salle d'attente j'ai remarqué qu'il avait pris un sacré coup de vieux, pourtant.

Je suis allé chez le dentiste parce qu'une molaire couronnée s'était infectée à la racine il y a une quinzaine de jours et la gencive avait un tout petit peu enflée, sans aucune douleur. Au passage le dentiste m'a félicité pour mon hygiène dentaire parce que le tartre s'était très peu déposé, en dix ans. J'ai pensé, in petto, que mon hygiène dentaire n'y étais pour rien et que j'avais déjà, il y a bien longtemps, identifié que ma salive avait une qualité nettoyante particulière. Le dentiste m'a aussi dit que j'avais de la chance que l'abcès dentaire ne m'ait provoqué aucune douleur. Là aussi j'ai omis de lui dire que mes défenses immunitaires me semblaient particulièrement vigoureuses (je cicatrise très vite, je ne suis que très rarement malade en dehors de rhumes épisodiques et bénins et quand je le suis je guéris très rapidement sans aucun traitement). Il m'a prescrit des antibiotiques et je me suis rendu compte que la dernière fois que j'avais pris des antibiotiques c'était il y a, au moins... dix ans! Dix ans ! 2004.

Je me souviens de 2004, je suis allé à Los Angeles et le long de la côte californienne cette année là, San Francisco, Monterey, Big Sur, et au mariage de ma nièce américaine à Fullerton, CA. C'est à peu près tout ce que je me rappelle de 2004.

Nous voici donc au mois de décembre et dans trois semaines l'année sera finie. Je ne considère pas le premier janvier comme le premier jour de l'année (enfin si, car j'y suis forcé à bien des égards, mais pour moi c'est une convention qui n'implique rien personnellement). Pour moi le vrai début de l'année se situe en septembre, à la rentrée comme on dit. Je n'aime pas beaucoup cette idée de changement d'année et encore moins qu'on le fête. Fêter la fin d'une année de plus au compteur, quelle soumission résignée au temps qui passe et à sa propre usure !

mercredi 26 novembre 2014

Des réactions à Ferguson

Les tweets de Madame Taubira sur le verdict du Grand Jury du comté de Saint Louis, me laissent perplexe. En tant que citoyenne elle a le droit de dire qu'elle est indignée (pour employer un mot connoté par les temps) mais en tant que Ministre de la Justice de la République française elle ferait mieux de se taire plutôt que de critiquer une décision de justice d'un pays étranger, d'autant qu'elle n'a pas exprimé la même indignation face à la mort du jeune Rémi Fraisse ou face au traitement indigne des prisonniers dans les prisons françaises dont elle a la charge. Elle laisse ainsi penser qu'elle se voit plus comme icône et incarnation, pour ainsi dire, de la gauche antiraciste que comme ministre de la République.

Par ailleurs je suis très énervé, une fois de plus, par les commentateurs du journal Le Monde sur Ferguson. Comme d'habitude c'est un torrent de haine partisane et de rage anti-américaine mêlé à des justifications boiteuses, racistes et réactionnaires. il n'y a rien à tirer de ces commentaires qui n'existent et ne sont ouverts par le journal, semble-t-il, que pour permettre aux abrutis d'exprimer leur violence, leurs idées fixes ou leurs opinions préconçues et sommaires.

mardi 25 novembre 2014

Comment le procureur a manipulé le Grand Jury de Ferguson

Jeffrey Toobin dans le New Yorker explique bien la tactique du procureur McCulloch pour obtenir que l’agent de police Darren Wilson ne soit pas inculpé par le Grand Jury. M. McCulloch, le procureur, a  donné aux grands jurés, en vrac pour ainsi dire, du moins de manière indiscriminée, des preuves disculpatoires et accusatrices, essentielles et accessoires, rendues par cette présentation indiscernables, de façon à les confondre tout en se donnant un air d’impartialité qu’il n’avait pas à s’arroger dans une telle procédure. Lors d’un Grand Jury en général un procureur sélectionne les preuves et interroge les témoins de manière à diriger la décision dans le sens qui lui convient. Les procédures devant un Grand Jury ne sont d’ordinaire pas impartiales, elles se font sans juge ni avocat de la défense et sous la seule direction d’un procureur; techniquement un Grand Jury est libre de décider contre l’avis du procureur mais pratiquement cela arrive très rarement. Dans le cas qui nous occupe les grands jurés se sont trouvés dans l’incapacité de se former une idée nette de la vérité et donc ont fini par se laisser guider par les préjugés pro-police et sécuritaires de bons citoyens effrayés par la délinquance, et décider qu’ils ne pouvaient pas inculper l’agent de police Darren Wilson.

Noirs et blancs

Qu'est-ce qu'un Grand Jury aux États-Unis ? C'est une institution judiciaire composé de citoyens tirés au sort qui a pour mission  de déterminer si des accusations criminelles doivent être portées contre une ou plusieurs personnes. Le Grand Jury a donc pour mission d'évaluer les preuves permettant d'inculper ou non un prévenu potentiel. Les Grands Jurys comprennent généralement un plus grand nombre de membres que les jurys criminels (jusqu’à 23 dans certains comtés). Les grands jurés prennent leurs décisions à la majorité simple. Les séances sont secrètes et se tiennent à huis-clos. Il n'y a ni juge ni avocat de la défense devant un Grand Jury, seulement le procureur qui présente ses preuves et interroge les témoins qu'il a convoqué. Les preuves qui seraient illégales au procès sont recevables devant un Grand Jury, celui-ci se prononçant seulement sur l'inculpation sans prononcer de culpabilité. Les grands jurés peuvent questionner les témoins, ce que ne peuvent pas faire les jurés d'un procès. Dans la pratique les Grands Jurys sont presque toujours largement manipulés par les procureurs.

Dans l'affaire de Ferguson le Grand Jury du comté de Saint Louis dans le Missouri avait à se prononcer sur l'inculpation ou non de l'agent de police blanc Darren Wilson qui avait tiré sur et tué un jeune noir, Michael Brown. Le meurtre de Michael Brown a déclenché, cet été, une longue série de manifestations populaires et d'émeutes dans la ville de Ferguson mettant au devant de la scène des problèmes de discriminations raciales et de méthodes policières allant bien au delà de la ville de Ferguson, Missouri.

Le Grand Jury a rendu son verdict hier soir : il a conclu qu'il n'y avait pas assez de preuves pour inculper le policier Darren Wilson du meurtre de Michael Brown. L'émotion créée par cette décision a été grande aux États-Unis en général et de nouvelles émeutes nocturnes ont eu lieu à Ferguson.

On sait que les grands jurés sont généralement largement manipulés par le procureur qui dirige leurs débats. La décision des grands jurés du comté de Saint Louis a donc été fortement téléguidée par le procureur chargé de l'affaire, par ailleurs le cadre légal pour inculper un policier de meurtre est très restrictif. Il est rare qu'un meurtre commis dans l'exercice de ses fonctions par un policier ne soit pas justifié d'une manière ou d'une autre. Je ne reviendrai pas ici sur les détails de l'affaire, il suffit simplement de savoir que le jeune Michael Brown venait de dérober des cigarillos dans une épicerie voisine, ce dont l'agent Wilson était au courant et que les témoignages sur échauffourée sont divergents ou parfois peu crédibles, bref que les choses, comme il est souvent de règle dans ces cas là, sont assez embrouillées pour que la vérité ne puisse jamais être connue. Comme dans l'affaire Trayvon Martin en Floride il y a donc peu de chance que justice soit faite à Ferguson, d'où la colère de la population.

L'Amérique n'a pas encore résolu le racisme et la discrimination raciale qui frappe les noirs dans ce pays. Certes les choses s'améliorent lentement depuis le mouvement des droits civiques des années 60-70, mais, et bien qu'un noir ai été élu à la présidence des États-Unis, il reste encore beaucoup à faire pour parler d'égalité raciale. Les choses sont très complexes toutefois. Pour avoir été plusieurs fois aux USA je peux témoigner d'avoir été sidéré par la réalisation que les noirs et les blancs vivent complètement séparés (dans une ville comme New York par exemple) et la simple consultation de ces cartes très bien faites permet de constater que c'est partout le même phénomène. Voir la carte ci-dessous du comté de Saint Louis, justement, les points verts représentent les noirs, les points bleus représentent les blancs.  Les inégalités sont aussi économiques, dans le domaine de la santé, celui du travail et dans le système judiciaire et pénal.

1 point vert = 1 habitant noir, 1 point bleu = 1 habitant blanc

lundi 17 novembre 2014

Pourquoi parfois en anglais ?

De temps à autres je parle anglais sur ce blog ou sur Facebook. Pour cela, certains m'ont accusé de snobisme. Mais je m'en défends. J'écris en anglais de temps en temps, quand ça me chante, parce que j'éprouve simplement du plaisir et de l'excitation à écrire en anglais. Du plaisir, oui, et la satisfaction d'avoir écrit en anglais en faisant de mon mieux pour que ça soit en anglais correct. J'aime beaucoup la langue anglaise. Il m'arrive de lire des formules, des usages dans cette langue qui me remplissent de joie, au point parfois de m'arrêter dans ma lecture pour les noter quelque part. Pour moi, écrire en anglais, c'est accomplir un exercice encore plus difficile que d'écrire dans ma langue maternelle, mais parfois plus gratifiant, parce que c'est beaucoup plus de travail pour trouver la bonne formule ou le bon mot, parce que je suis forcé de plus réfléchir à ce que je veux dire, parce que je suis forcé de compenser mon manque de vocabulaire dans cette langue (du moins en thème) par des recherches dans les dictionnaires qui souvent m'emmènent plus loin qu'où je voulais aller et me font découvrir, par sérendipité, des mots et des tournures de phrase qui me plaisent ou que j'ignorais. Et par un phénomène que je n'explique pas j'en viens à être plus clair dans mon expression, plus fluide, et en fait à mieux dire ce que je voulais dire, enfin telle est mon impression, à tel point que dans les bons jours l'expression toute entière "coule" mieux en anglais qu'en français. C'est étrange mais c'est ainsi. Le fait est, aussi, que d'une certaine façon je ressens moins d'inhibitions à écrire en anglais qu'en français. Moins d'inhibition, mais plus de travail et plus de réflexion, plus de plaisir et de satisfaction à la fin de l'exercice car c'est toujours une sorte d'exercice.

samedi 15 novembre 2014

Foxes

I stumbled upon a dead fox during my walk in the woods today. It was probably killed by hunters and left there as an example. It was a beautiful adult fox its body already returning to nature. I snapped a picture but won't post it here, it's awful. People here have a deep hatred of foxes. It's ancestral and rooted in old prejudices. Foxes are killer of poultry and one says that they break havoc in chicken coops becoming berserk at the view of hens and at the smell of blood. They are believed to carry rabies, too. Scientists say that they don't kill so many chickens after all and rabies kill them rapidly, so they are not so much a nuisance. Instead they have a role in the ecosystem of the woods, killing many rabbits and preventing them to proliferate and eventually spread myxomatosis. They kill also many country mouses, without this predation mouses would proliferate and attack crops. But what to do against ignorance and hatred? In this parts even to be red-haired can attract suspicion, because it's the same colour than the foxes, you know.

Map addict

Un jour dans le village de Huismes, près de l'endroit où je réside quand je suis à la campagne, j'ai rencontré des randonneurs à vélo qui m'ont demandé leur chemin. Ils n'étaient pas perdus et proches de leur destination (un gite rural) mais ce sont toujours les derniers kilomètres sur les petites routes de campagne sans guère d'indications qui sont les plus difficiles. Afin de mieux leur indiquer leur chemin je leur ai demandé de me prêter leur carte, et là, surprise, ils n'en avaient pas. Ils traversaient quasiment la France à bicyclette et n'avaient pas la moindre carte ! Aujourd'hui je lisais un livre en Anglais dont le titre "Map Addict" résume bien le propos, et j'ai trouvé exactement la réaction que j'ai eu alors.

What I wanted to say was, ‘You mean, you moved here from over a hundred miles away without buying a map first? Without taking it out on a nightly basis, stroking its contours, gently murmuring the unfamiliar names, idly following with your finger footpaths and streams, back lanes and bridleways, feeling faintly, randomly intimidated by the angular blocks of plantation forestry and sumps of squelchy moorland, excited by the wide beaches, towering peaks, limpid lakes and nestled market towns, all spread beguilingly across the paper? Without enjoying the thrill of anticipation of your impending move to a whole new world? Without checking out that whole new world, as captured by the gods of the Ordnance Survey? Are you mad? What in bejesus’ name is the matter with you?’ Extrait de : "Map Addict" by Mike Parker.

Je suis, moi aussi, un map addict, depuis tout petit je peux passer des heures entières sur des cartes, et aujourd'hui sur Google Maps, Géoportail, Ordnance Survey Getamap (où je paye même un abonnement annuel pour les voir en plus grand!), ou sur ACME Mapper. Quand j'étais gamin j'avais un Grand Atlas Mondial qui était mon livre de chevet et je me souviens encore de la découverte émue du Grand Atlas de l'Encyclopédie Universalis, un jour chez mon frère. J'avais une passion coûteuse pour les cartes au 1:25000 de l'IGN, la série bleue, qu'on appelait les cartes d'état major.

Aujourd'hui j'ai réalisé un de mes rêves de jeunesse : je dessine des cartes pour gagner ma vie; pas des cartes topographiques mais des cartes de géographie et j'adore ça. En plus j'aide à l'arrestation de malfaiteurs avec mes cartes, c'est quasiment un rêve de gosse!

mardi 11 novembre 2014

Noir et blanc

Il y a quelques temps j’ai répondu à un défi qui m’avait été lancé par mon amie blogueuse et photographe Nina Tovish, il fallait poster sur Facebook une photo en noir et blanc par jour pendant cinq jours. J’ai été chercher quelques photos en couleur jamais publiées ailleurs et je les ai recadrées et transformées en noir et blanc avec Lightroom.


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À ma grande surprise ces images ont eu un grand succès auprès de mes contacts sur Facebook. Du coup j’ai continué, après la fin du défi, à publier sur mon mur FB une photo en noir et blanc par jour. Pour ce faire je suis allé puiser sur Flickr d’anciennes images que j’avais faites pour le livre “Nestor Burma” des Moutons électriques, la maison d’édition de mon neveu.


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Et voilà que je suis mis à trouver, moi qui suis toujours aussi insatisfait de mes photos, ces images excellentes (en toute modestie!). Et voilà aussi que je me suis mis à avoir envie, de nouveau, de faire des photos, mais en noir et blanc exclusivement. Et des projets photographiques de naître dans ma tête… Le noir et blanc ça tombe bien puisque nous sommes en hiver et que la monochromie va bien à cette saison.

Je ne peux que remercier sincèrement Nina de m’avoir lancé.

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Pour terminer ce billet cette photo que j’aime beaucoup, faite avec mon iPhone dans le métro, du temps où je prenais le métro tous les jours.