19 avril, 2014

Des cris dans la nuit

Cette nuit vers une heure du matin j’entends des cris venant du parking couvert en bas de mon immeuble : “au secours, au secours!”. Je me penche à la fenêtre et je vois deux individus courir vers le fond de la dalle du parking, là où une grille d’un mètre de haut à peine sépare la dalle de la rue. Les cris cessent. J’essaie de voir mieux ce qui se passe en me demandant si je dois appeler les flics, puis je me rends compte qu’il y a plusieurs personnes en bas près de l’entrée du parking couvert qui discutent en gesticulant, je n’entends pas ce qu’ils disent, je suis trop loin, mais il est probable qu’ils ont appelé la police s’il y a un problème. Comme de juste les flics arrivent peu après. Je les observe qui fouillent le parking aidés de leurs lampes torches. Bien entendu ils ne trouvent rien. Je leur signale, de ma fenêtre, que les individus qu’ils recherchent sont partis vers le nord et l’extrémité de la dalle. Ils y vont et reviennent bredouilles. 

C’était une agression comme il s’en produit de plus en plus souvent tard le soir dans la résidence. Moi-même j’en avais été victime en 2010, mais j’avais un peu tenté le diable. Depuis quelques mois des individus rançonnent les passants, tard le soir, dans les jardins ou les parkings de notre résidence. C’est un cas classique de triangle criminel : des délinquants motivés (le quartier n’en manque pas) rencontrent des cibles intéressantes (des gens qui rentrent chez eux,avec une grande probabilité de posséder sur eux téléphones portables et argent) dans un lieu propice à l’agression (parkings couverts, jardins mal éclairés) dépourvu de gardiens capables (pas de gardien du tout, tard le soir, pas de vidéosurveillance, éclairage insuffisant, facilités de fuite par le fond de la dalle pas protégé par une barrière efficace).

Le bailleur déjà déficient sur tout ce qui concerne l’état des logements, se moque bien entendu de ce nouveau problème. Il ne répond même pas, et c’est son habitude, aux courriers indignés des résidents et des associations qui les représentent et ce depuis plusieurs mois.

Il est vraiment temps que j’aille habiter ailleurs. Encore probablement une vingtaine de mois à attendre.

12 avril, 2014

09 avril, 2014

La prime annuelle

Au mois d’avril nous recevons tous les ans une prime réservée aux cadres. Une prime qui peut être importante : de 30% à 100% du salaire mensuel net. On ne sait jamais à l’avance combien on va avoir, le montant nous est révélé par lettre pendant le courant du mois d’avril. Les années précédentes tout le monde avait sa lettre en même temps. Il y avait un peu d’impatience et des rumeurs dans l’air avant la réception de la fameuse lettre mais une fois que c’était fait plus personne n’en parlait et c’était très bien. Cette année le management a décidé de distribuer les lettres individuellement, de la main à la main, en étalant cette distribution sur plusieurs jours. Du coup certains ont déjà le montant de leur prime et d’autres pas encore. Ça met de l’ambiance !

Je me demande quand le plafond de la bêtise sera atteint. 

Géographie

Corrigé 96 erreurs dans une base de données qui compte 775 erreurs à corriger, le stagiaire en a corrigé 300 mais il y a passé la journée entière ( de 9 heures à 18 heures sans prendre le temps de déjeuner) alors que moi j'y ai consacré une heure. Et je suis certain de mes corrections. Ce sont des erreurs de géolocalisation. Pour chaque enregistrement qu'on n'arrive pas à placer sur la carte il faut essayer de retrouver l'endroit exact où s'est passé l’événement enregistré et corriger sa position. Il y a des indices mais il vaut mieux connaître sa géographie pour les exploiter. Le stagiaire est d'une ignorance sidérante en géographie française, et quand je dis sidérante je suis encore très loin de la réalité, donc il est à la peine.

Reprendre

Bon, reprendre un peu ce blog que l’on laisse dépérir en ce moment.

28 mars, 2014

Hard landing

Avec 39 noeuds de vent de travers l’atterrissage est délicat. Ce A340 de Lufthansa s'est fait mal en atterrissant à Narita le 18 mars. D’ailleurs il est toujours là bas depuis, il y a de grosses révisions à faire avant qu'il puisse reprendre l'air.

 

Unknown known

 

Errol Morris vient de sortir son documentaire sur Donald Rumsfeld, je veux absolument le voir, j'ai une sorte de fascination malsaine pour Rumsfeld, qui est pour moi, dans la troïka Bush-Cheney-Rumsfeld le personnage le plus énigmatique et le plus intéressant.

Sherlock & Sopranos

Grosse flemme hier soir, donc j'ai regardé la télé. Pas n'importe quoi : trois épisodes des Sopranos et deux épisodes de Sherlock. Je suis un inconditionnel des Sopranos et j'avais déjà vu, mais il y a longtemps, ces trois épisodes, je les ai revu avec plaisir. Je n'avais pas vu ces deux épisodes de Sherlock, diffusés d'ailleurs dans le désordre par France 4 pour une raison qui m'échappe (le S2E2 avant le S2E1). Bon, il y a plein de choses qui me déplaisent dans Sherlock, mais je regarderais n'importe quelle daube pourvu que Martin Freeman joue dedans. Je n'ai pas la même admiration pour Benedict Cumberbatch, acteur surestimé à la gamme très réduite. Par ailleurs je goûte peu les shows de Stephen Moffat, en général (déteste Doctor Who, par exemple). J'aime beaucoup par contre les accents britanniques et l'humour, mais les histoires sont beaucoup trop tirées par les cheveux pour mon gout "réaliste" (j'entends dire "gout américain" derrière moi !).

26 mars, 2014

La montée du Front

Je ne suis pas étonné de la montée du Front National. Les Français d'aujourd'hui sont en majorité à droite, xénophobes (pour ne pas dire racistes), éternels mécontents, chauvins et profondément provinciaux (c'est à dire l'opposé de cosmopolites), ils ont peur de la modernité, de la mondialisation économique et du monde extérieur, ils se méfient de l'Europe et sont attachés au concept d'état-nation que l'Europe s'efforce de détruire. Tous les sondages d'opinion le montrent et cette tendance s'aggrave avec la crise économique. La gauche s'est réfugiée chez les écolos, dans la posture morale du PS et de l'antiracisme et chez les extrémistes bolcheviques ou néo-trotskistes. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a fait la même politique que le gouvernement précédent, l'amateurisme et la trahison de ce qu'on pense que ferait la gauche au pouvoir, en plus. François Hollande n'a été élu, avec une courte majorité, que parce que Sarkozy était très impopulaire. Aussitôt élu, le nouveau président a vu sa cote de popularité, déjà pas bien grande, sombrer dans les abysses. Il a trahi, un par un, les engagements pris pendant la campagne électorale et s'est trouvé forcé d'intervenir dans l'arène politique alors que les Français veulent un président-roi au-dessus des partis. En plus il a accumulé les gaffes et les erreurs de communication. La loi sur le mariage pour tous (que j'ai souhaité et soutenu) a occupé le débat public pendant six mois et a profondément divisé le pays. Quand les gens n'étaient pas contre, ils étaient, au mieux, indifférents et pensaient souvent qu'il y avait peut-être d'autres priorités que de s’occuper d'autoriser les membres d'une minorité à se marier entre eux. Les turpitudes des politiciens (affaires Betencourt, Cahuzac, Sarkozy, Copé, Chirac, Clear Stream et maintenant Balladur, élection du président de l'UMP) ont détruit la confiance dans la classe politique. Il est normal que l’électorat populaire se tourne vers le FN qui est un parti perçu comme en dehors du "système". Une élection n'est pas définitive, il y en aura d'autres et la balance penchera de l'autre coté.

La visite médicale

La visite médicale du travail a lieu tous les deux ans pour les personnels sédentaires. Dans le temps c'était une visite annuelle mais devant le nombre d'agents à voir par un seul médecin par Région, il a été décidé de la faire seulement une année sur deux.

La consultation du médecin est précédée par une série de tests effectués par l'infirmière.
- urine,
- poids, mensurations,
- ophtalmo,
- audio.

C'était la première fois qu'on me faisait passer un test audio. Fait en dépit du bon sens, dans le bureau de l'infirmière avec plein de bruits parasites, comme téléphone qui sonne ou train qui entre en gare. On met un casque et l'infirmière vous envoie des sons à différentes fréquences dans une oreille puis dans l'autre. On doit appuyer sur un bouton si on entend le son envoyé. Il est très facile de tricher puisqu'on n'est pas enfermé dans un cabine et qu'on voit très bien l'infirmière appuyer sur le bouton qui sert à vous envoyer les sons. Et même si on ne la voit pas, on entend très bien le bruit qu'elle fait en appuyant sur ce bouton, le casque, évidement, n'est pas anti-bruit.

Les tests ophtalmos étaient plus complets que les autres fois. Test de champ visuel en particulier, utiles pour repérer les glaucomes (dont je suis indemne).

Je n'ai compris qu'à la fin qu'on me faisait passer tous ces tests parce qu'ils s'étaient trompés de dossier, en fait ils m'ont fait passer tous les tests prévus pour un agent non-sédentaire, habilité à la sécurité, qui se trouve avoir un nom qui ressemble vaguement au mien. Je m'en suis rendu compte quand ils m'ont demandé de signer les documents les autorisant à faire une recherche de drogues dans mes urines. Qu'à cela ne tienne, ils ont juste changé les étiquettes et remis les papiers dans le bon dossier et ils ont gardés mes tests.

A la différence de ce qui se pratiquait dans mon ancienne Région ils n'ont pas voulu me faire un rappel de vaccination, il faudra que je me débrouille avec mon médecin traitant. Dans la Région précedente ils ne discutaient même pas, quand ils voyaient que le carnet de vaccination l'exigeait ils vous shootaient sans hésitation.

Les résultats des tests n'ont pas montré de problèmes particuliers sauf les tests d'audition qui ont été qualifiés de médiocres par l'infirmière ! Mais comme je n'en avais jamais passé avant ils n'ont pas pu faire de comparaison et finalement le médecin a reconnu qu'ils n'étaient pas si médiocres que ça, et même plutôt dans la moyenne, surtout faits dans les conditions décrites plus haut.

L'infirmière était froide et plutôt désagréable.

Après-ça visite au médecin du travail. Sans problèmes. 14/9 de tension comme d'habitude pour moi, un peu haut mais rien d'inquiétant.

Prochaine visite en 2016, d'ici là je serai peut-être à la retraite ou sur le point d'y partir.

Le marché

Le mercredi c'est le jour du marché sur la rue de la Chapelle, entre la rue de Maubeuge et la station de métro Barbès-Rochechouard, sous le pont du métro aérien. Les vendeurs s'installent côte à côte tout le long du boulevard, leurs places sont réservées et la mairie met à leur disposition des supports amovibles sur lesquels accrocher leurs auvents. Le marché a lieu aussi le samedi matin. A quinze heures tout le monde doit avoir vidé les lieux. Des montagnes de détritus de toute sorte jonchent le sol après le départ des forains, légumes défraîchis, fruits gâtés, papiers gras, palettes cassées, sacs en plastique, cartons, cageots, etc. Les services de nettoiement de la ville interviennent alors en nombre pour remettre les lieux en état et enlever les supports métalliques des auvents. Le marché est surveillé discrètement mais fermement par la police municipale et nationale. Il y a toujours quelques cars de CRS ou de Gendarmes Mobiles garés dans les rues proches, prêts à intervenir en cas d'incident. Le marché attire une foule bigarrée et quelques pickpockets. La plus grande préoccupation des forces de police semble être plutôt les vendeurs à la sauvette. Il est fréquent que des vendeurs clandestins installent des étals provisoires aux marges de l'espace du marché. Ils y vendent des objets usagés, peut-être recelés et des vêtements d'occasion. Ils sont en général vite repérés par les flics qui les chassent et qui confisquent parfois leur marchandise. Parmi ces vendeurs clandestins il y a une forte proportion de Roms et de Manouches. Il y a quelques mois, un second marché officieux se tenait au même endroit que le marché officiel dès la nuit tombée. Des gens venaient vendre quelques biens, à très bas prix ; un public important venait voir, chiner, marchander et acheter. La police y a mit bon ordre, désormais il n'y a plus, le soir, que des flics en patrouille, pour éviter que le marché clandestin ne se réinstalle.

24 mars, 2014

Lundi

En dépit d'une bonne nuit j'ai été toute la journée dans un état mental très peu serein et surtout incapable de me concentrer sur le travail. Heureusement, ou peut être parce que, je n'ai pas beaucoup de boulot en ce moment. J'ai commencé plusieurs choses mais je n'ai pas été fichu de les terminer ni même de m'y atteler longtemps. Demain je dois me lever très tôt pour aller à la visite médicale (qui a lieu tous les deux ans) et bien que je sois apparemment en bonne santé, du moins n'ai-je aucun symptôme, la visite à un médecin, quel qu'il soit, m'inquiète toujours vaguement. Je suis de cette catégorie d’hypocondriaque qui a les médecins en horreur et en particulier les médecins qu'il ne connaît pas, qu'il n'a jamais vu. Il y a des hypocondriaques qui sont tout le temps fourrés chez le médecin, dès l'apparition du moindre petit bobo, j'en connais. Moi c'est le contraire, la peur d'être malade va de pair avec la trouille du corps médical. Je ne vais voir le médecin que lorsque je suis vraiment malade ou alors pour des visites périodiques nécessaires et uniquement un médecin que je connais bien et que j'aime bien, particulièrement parce que je sais qu'elle est ne juge jamais la conduite de ses patients et qu'elle ne se place jamais sur un plan moral (du genre : c'est mal de ne pas faire de sport...). Et même ce médecin j'ai un peu la trouille d'aller la voir !

Dans un sens c'est heureux que je sois convoqué à la visite médicale à huit heures et demie, ça sera vite terminé et je pourrais passer le reste de la journée plus sereinement. Et il y a de bonnes chances que ça soit la dernière visite à la médecine du travail de ma carrière. En plus j'ai un rappel de vaccination à faire. Tout est donc bien.

L'idée de vieillir m'est désagréable en particulier parce que jusqu'à maintenant j'ai eu la chance de n'avoir aucune maladie grave et que je me demande tout le temps "combien de temps encore..." Je n'ai pas une santé fragile, en dehors des petits problèmes courants que tout le monde a plus ou moins, comme rhume, gastro ou rhume des foins. J'ai un excès de cholestérol bien réglé avec un médicament. Je sais très bien par contre que cela ne durera pas et que le vieillissement de mes organes donnera lieu, tôt ou tard, à des problèmes bien plus graves. Cette idée ne m'empêche pas de vivre ni ne m'obsède mais elle est très souvent présente, c'est une sorte d'inquiétude de fond. J'en ai d'autres mais celle-là est la plus importante. C'est parce que je n'accepte pas de vieillir, je crois, je n'accepte pas que la vie ai un terme et que la santé forcément se dégrade.

13 mars, 2014

Être riche

J'aimerai beaucoup être assez riche pour ne plus avoir à penser à l'argent. Être vraiment riche c'est ça, ne plus penser à ce que coute le luxe qui vous entoure, ne plus compter, non plus. Pourquoi croyez-vous que les vitrines des magasins de haute-couture de l'Avenue Montaigne n'affichent jamais le prix des vêtements ? Parce que leur clientèle n'y pense pas, ça ne les intéresse pas, ils n'en tiennent pas compte, ils s'intéressent à l'objet lui-même, quel que soit son prix. Moi qui vit modestement, sans luxe aucun, dans un HLM délabré, j'aime le luxe, à condition qu'il ne me coute rien. Je passe de longs moments sur le site "Belles demeures" à rêver sur des maisons ou à des appartements que je ne pourrais jamais m'offrir mais dans lesquels je me verrais bien vivre, si j'étais vraiment riche. Je n'ai rien, mais vraiment rien, contre les riches, je désire être comme eux.

09 mars, 2014

Qu'est-il est arrivé au vol Malaysia Airlines 370 ?

Un Boeing 777 a disparu en mer de Chine, avant-hier. Il appartenait à Malaysia Airlines. L'avion faisait la ligne Kuala-Lumpur Pékin. Il a disparu des écrans de contrôle du Centre de Contrôle Aérien de Subang (Malaisie) à 17 h. 22 GMT le 7 mars (1 h. 22 Heure Locale le 8 mars). Dernière position connue: N6.92 E103.58. Il y avait 227 passagers et 12 membres d'équipage à bord.
Deux grandes flaques de carburant ont été repérées par les forces aériennes vietnamiennes, sur la mer dans la région de la disparition de l'avion.


Les autorités malaisiennes se sont rendus compte que deux personnes avec de faux passeports se trouvaient sur le vol MH 370. Une de ces personnes avait un passeport italien et l'autre un passeport autrichien, tous deux volés en Thaïlande. Les deux passeports volés correspondent à deux tickets aux numéros successifs achetés ensemble.
 
Qu'est-il est arrivé au vol Malaysia Airlines 370 ?

Un avion ne tombe pas facilement de son altitude de croisière au sol. Il faut un événement soudain et fatal, par exemple :
  • une décompression explosive, par défaillance du fuselage : l'avion se casse en plusieurs morceaux ou une grande faille s'ouvre dans la carlingue ;
  • une panne simultanée des deux moteurs et perte de contrôle immédiate. Il est déjà arrivé que les injections de moteurs Rolls Royce, similaires à ceux du 777 disparu, gèlent, coupant l'arrivée de kérosène. C'est ce qui est arrivé au Boeing 777 du vol 38 de British Airways qui s'est écrasé en descente sur Heathrow le 17 janvier 2008. Toutefois à l'altitude où il était l'avion aurait dû être en mesure de planer quelques temps et les pilotes d'appeler à l'aide, à moins que cette perte des moteurs ait entrainé une perte de contrôle immédiate et totale de l'avion ;
  • une perte de contrôle à cause de turbulences. Très douteux, d'autant qu'aucune zone de turbulences n'a été signalée dans la région de la disparition. Toutefois on ne peut exclure cette cause d'accident ;
  • une perte de contrôle similaire à celle de AF447. On se souvient que ce vol s'était abimé au milieu de l'Atlantique, les sondes de Pitot avaient gelées lors de la traversée d'un orage en croisière, et surtout l'équipage avait été incapable de contrôler l'avion, le faisant décrocher sans s'en rendre compte ;
  • une explosion non-terroriste (TWA 800) ;
  • l'invasion de la cabine de pilotage, neutralisation de l'équipage et destruction délibérée de l'appareil (en gros, ce qui est arrivé le 11 septembre 2001) ;
  • l'explosion d'une bombe (UTA 772 , PanAm 103) ;
  • un missile sol-air ;
  • le suicide d'un pilote (Egyptair 990, LAM 470).

08 mars, 2014

Noms de pays

J’aurais voulu prendre dès le lendemain le beau train généreux d’une heure vingt-deux dont je ne pouvais jamais sans que mon cœur palpitât lire, dans les réclames des compagnies de chemin de fer, dans les annonces de voyages circulaires, l’heure de départ : elle me semblait inciser à un point précis de l’après-midi une savoureuse entaille, une marque mystérieuse à partir de laquelle les heures déviées conduisaient bien encore au soir, au matin du lendemain, mais qu’on verrait, au lieu de Paris, dans l’une de ces villes par où le train passe et entre lesquelles il nous permettait de choisir ; car il s’arrêtait à Bayeux, à Coutances, à Vitré, à Questambert, à Pontorson, à Balbec, à Lannion, à Lamballe, à Benodet, à Pont-Aven, à Quimperlé, et s’avançait magnifiquement surchargé de noms qu’il m’offrait et entre lesquels je ne savais lequel j’aurais préféré, par impossibilité d’en sacrifier aucun.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

26 février, 2014

Première classe

Ma première classe était dans l’ancienne prison de Chinon, derrière la gendarmerie. Deux grandes cours cernées de murs très hauts et un bâtiment au milieu, d'un seul étage. Au rez-de chaussée, les douzième et onzième de Madame Tassonaud, la dizième de Mademoiselle Launay, la huitième de Monsieur Cadieu, à l’étage la neuvième de Madame Elmer et la septième de je ne sais plus qui. C’était en 1963, j’avais 6 ans et quelques mois. Je n’avais jamais été à l’école maternelle (enfin si, deux jours, à l’École Jeanne D’Arc, ça c’était très mal passé, j’avais fait de la résistance et ma mère avait décidé d’arrêter les frais). En septembre 1963 plus moyen d’y couper, il a fallu me tirer, en pleurs, jusqu’à l’école. Très vite après le premier matin je m’y suis fait. Mon père m’enmenait et ma mère venait me chercher. Madame Tassonaud était la maîtresse. J’ai appris à lire et à écrire dans cette classe.

En dehors de ce jour terrible de la rentrée des classes je ne me souviens pas de beaucoup de choses. J’ai eu quelques bons points, après cinq bons points on avait une image, j’ai eu quelques images. Je me suis fait des copains, Gaël Bisson, Elisabeth Roth — la fille du docteur Roth dont il faudra que je parle un jour — , Bruno Garrivet, Patrick Dumont, Philippe Viaud et d’autres dont j’ai oublié les noms. Quelques ennemis aussi, sûrement. Nous portions des blouses, bleues pour les garçons, roses pour les filles. Dans la cour, à la récréation, on jouait aux osselets ou aux capsules, les filles jouaient à la marelle ou sautaient à la corde. Certains avaient des appareils dentaires, je trouvais ça barbare et ne voulais pas en avoir, pourtant j’aurais dû car mes dents d’en bas mal plantées le sont restées. Certains offraient des fleurs à la maîtresse, je me souviens de Gaël Bisson, un tout petit bonhomme, allant offrir une jacinthe à la maîtresse, pour le premier de l’an. Venant du fond de la classe jusqu’au bureau de Madame Tassonaud, sa plante à la main, il était rouge comme une pivoine et dit d’une toute petite voix : “bonne année maîtresse !” Offrir des fleurs à la maîtresse est devenu une mode. Son bureau s’est couvert de fleurs et de plantes en pot. Fin juin il y a eu la cérémonie de remise des prix, dans la grande salle d’honneur de la mairie. Tous les élèves de l’école de la République réunis dans la salle avec leurs parents, des petits du primaire aux grands du secondaire. Sur la scène, comme au théâtre, le corps enseignant en tenue d’apparat. Quand tu as un prix on appelle ton nom, tu montes sur la scène et tu reçois ton prix et ta récompense, les félicitations de tous les officiels en rang d’oignon et l’embrassade de ta maîtresse émue au larmes, toute la salle t’applaudis. Cette année-là Elisabeth Roth a obtenu le prix d’excellence, moi juste un accessit. La récompense était un livre de la Bibliothèque Rose, je ne me souviens plus lequel. L’année suivante Elisabeth Roth avait disparu et je ne l’ai plus jamais revu. Je ne l’ai retrouvé que récemment grâce à Internet, en faisant des recherches sur son père.

Qu'est-ce qu'avoir de l'esprit ?

Le XVIIIe siècle, si expert en la matière, l’a défini comme "raison ingénieuse", "raison assaisonnée" , raison prompte. Il a insisté, avec Voltaire, sur les grains de sel discrets mais pinçants, les indirects chorégraphiques, les sautes logiques en accéléré de la mécanique spirituelle, habile à laisser dans l’implicite des pensées intermédiaires, à charge au bon entendeur de les rétablir. Manière d’atténuer le fait fondamental que l’esprit, tout comme la moquerie ou l’ironie, suppose une dimension agonistique, une agression par le rire, moins raide et cinglante que l’ironie, plus biaisée que le bon gros comique, moins faussement flegmatique que l’humour. Autres ingrédients obligés : un jeu raffiné avec la langue, ses finesses, ses vertus d’allusion, de double sens, ses perversions autonymiques ; une scénographie à plusieurs actants, pouvant se manifester sous deux formes : soit in vivo, dans une conversation ayant pour cadre un espace de socialité restreint, avec des femmes pour public, auxquelles cette escrime est destinée à titre de joute séductrice (mais qui la pratiquent en retour avec une égale agilité) ; soit virtuellement, quand l’esprit n’est plus mot d’esprit conversationnel mais jeu étincelant du texte, transposé du salon dans cette société virtuelle qui unit auteur et lecteur.
José-Luiz Diaz. "Avoir de l'esprit". L'Année balzacienne 2005/1

Questions de goûts

Avant-hier, le stagiaire m'a offert une bouteille d'eau de vie, distillée par son père, bouilleur de cru officiel. Pour me remercier de l'aide que je lui apporte. Il a insisté, je n'ai pas pu refuser. J'ai caché la bouteille dans un tiroir de mon bureau. Je ne sais que faire de cette bouteille de gnôle. Ah oui ! la boire ! Mais je n'aime pas la gnôle, c'est trop fort, je n'aime pas le goût. C'est de la mirabelle à 42°, m'a-t-il dit. Un tord-boyaux.

Ce matin un collègue a évoqué cette soupe de vin chaud avec du pain qu'en Poitou on appelle la "rôtie". J'y ai gouté une fois, il y a longtemps. C'est pour des plats comme ça qu'on a inventé le mot "dégueulasse". Il faut mélanger de l'eau, du pain, du vin et du sucre et faire chauffer le tout. Servir quand c'est chaud. Le goût et la consistance de cette mixture sont très pécisement ceux du vomi d'ivrogne. Le mot immonde est encore trop faible.

20 février, 2014

Carte du XIVème sciècle

Dans son magnifique Histoire des lieux de légende, Umberto Eco montre cette magnifique carte issue du Livre des propriétés des choses de Bartholomaeus Angelicus (1392)

 

Legendarylands eco15

Un p'tit rennes aux bois fluos

Reindeer202way sq b4906fe2731c6d4603bdcb021b042365c676a939 s40 c85

Les lapons rendent les bois de leurs rennes fluorescents pour éviter que les voitures les percutent !

Sur une population de 200 000 rennes en Finlande, près de 4000 meurent chaque année sur les routes. D’où cette mesure originale pour enrayer le massacre. Par contre c’est de nature à vous flanquer une trouille mortelle quand vous en rencontrez un sur les routes isolées du grand nord finlandais !

Photo : Reindeer Herders' Association (of Finland)

19 février, 2014

Citywide Dispatch

Ces temps-ci je mets souvent en fond sonore “You are listening to Los Angeles”, qui consiste en la superposition d’un streaming de la fréquence centrale du LAPD et de la musique de style “ambient” streamée à partir de Soundcloud. Bon. Je trouve ça très relaxant, le ronron des communications des flics que je comprends à peine (il vaut mieux car, si on y prête attention, c’est sinistre) et la musique planante. Les voix des flics sont très neutres, détachées, voire d’un calme rassurant (et étonnant). C’est Southland en direct !

Au travail j’ai hérité d’un stagiaire. Enfin, pas tout à fait, le pauvre garçon a atterri sur le bureau à coté du mien et comme son superviseur de stage est dans un autre bureau assez loin et n’a pas le temps de s’occuper de lui il a bien fallu que je l’aide un peu. Il est en Mastère 2 de Droit, ce qui correspond à ce qu’était de mon temps le D.E.S.S.  J’ai du mal à m’empêcher de penser, vu ses méthodes de travail et la façon dont il structure ses idées, que le niveau baisse ou a baissé entre le temps où j’étais étudiant et maintenant. Il a beaucoup de mal à trouver une méthode pour ses recherches (c’est en fait moi qui, par compassion (ma légendaire compassion !) lui ai donné quelques clés, pour qu’il ne perde pas trop de temps. Il en bave littéralement pour écrire un Email simple (il ignore en plus toutes les règles élémentaires de typographie, mais ça je suppose que personne n’a pris le temps de lui apprendre). Il écrit tout sur des post-its qu’il colle ensuite sur une feuille de papier (bon après tout c’est une méthode comme une autre, si ça lui convient !). Accessoirement il ne sait pas se servir d’Excel — moi non plus en 1980, mais j’avais une excuse !

Dans l’épisode quatre de True Detective (j’ai oublié de regarder l’épisode de cette semaine, il faut que je rattrape ça) un plan séquence de 12 minutes (sans coupes donc) pour une scène très violente et plutôt haletante. Du très grand cinéma. Dans une série. M’a rappelé le plan séquence époustouflant au début de Breaking News de Johnny To (la fusillade dans un quartier populeux de Hong Kong avec la caméra qui  rentre par une fenêtre dans l’appartement des gangsters, traverse l’appartement, avant de sortir par une autre fenêtre et de descendre dans la rue).