vendredi 27 février 2015

Beau et frais

Vivre dans une cabane à la campagne, à proximité des bois, avoir des chiens et des chats, voilà tout à fait mon idée du paradis terrestre (il faudrait tout de même un minimum de confort moderne et Internet, mais désormais, dans nos pays, c'est possible). En attendant la réalisation éventuelle (mais peu probable) de ce rêve je passe une grande partie de mes congés payés dans la maison de ma sœur et de mon beau-frère, je garde la maison et les bêtes quand il sont partis en voyages ou sur leur péniche (oui, ils possèdent aussi une péniche habitable, amarrée à Nantes, dans laquelle je ne mets jamais les pieds); maison qui se trouve dans la campagne tourangelle, à la lisière de la Forêt de Chinon, et qui possède tout le confort qu'on peut souhaiter de nos jours. Ce lieu de villégiature ressemble donc, à s'y méprendre, à la cabane de mes rêves, sauf que c'est une maison en pierre et plus spacieuse qu'une cabane. J'ai beaucoup de chance, je sais.

Ce désir de résidence bucolique est assez récent chez moi. J'ai, pendant longtemps, été un inconditionnel de la ville, ne jurant que par la vie à Paris. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que je ne renie pas du tout la ville, non, j'aime autant l'une que l'autre, la campagne et la ville. Simplement quand je suis longtemps en ville (en fait à Paris, disons deux ou trois mois) je n'ai plus qu'une envie c'est de filer dans ma campagne tourangelle et je suppose (mais je n'en ai pas encore fait l'expérience) que si je restais longtemps à la campagne (disons deux mois) je n'aurais qu'un désir, celui de retrouver les lumières de la ville. J'aime à la fois contempler la forêt, le paysage des champs et les douces collines de mon pays natal et voir les cafés et brasseries s'allumer à la tombée de la nuit à Paris. J'aime le calme de la nature et l'agitation de la grande ville (je ne les aime pas au même moment, c'est tout). Ma vie à Paris est d'ailleurs bien plus agréable maintenant que je ne prend plus le métro pour aller au travail, rien de tel que les transports en commun pour vous faire détester l'humanité.

Aujourd'hui il fait beau et toujours frais, ce matin j'ai nettoyé le poulailler (enlevé la paille souillée et les merdes des poules, remis de la paille propre à la place, échangé un baril de blé vide contre un baril de blé plein pour nourrir la volaille, nettoyé et rempli les bassines d'eau). Cet après-midi, balade. Le temps passe à une vitesse folle, déjà une semaine que je suis ici.

lundi 23 février 2015

Froid et humide


Une journée de grisaille et de giboulées. Le sol est spongieux, partout, des gouttes s'accrochent aux rameaux des arbustes. Ce soir il faisait bien froid. J'ai oublié d'aller chercher le courrier, je m'en suis rendu compte vers sept heures du soir, j'y suis allé quand même, la boite aux lettres est au bout du chemin, j'étais glacé en rentrant à la maison. Je suis ressorti une demi-heure après pour aller enfermer les poules. Je n'aime pas les enfermer trop tôt quand il fait encore un peu jour, enfin les poules ça leur importe peu parce qu'elles sont déjà couchées depuis longtemps quand la nuit tombe vraiment (vers sept heures un quart), mais les palmipèdes c'est autre chose, ils ne rentrent que si on les pousse, veulent encore profiter de la moindre lueur du jour. Ça a été une bonne journée pour les canards, c'était leur temps, ils se sont baladés toute la journée autour de la maison, ont cancané joyeusement tout le temps.

Le chat s'est blessé à l’œil la semaine dernière, le vétérinaire a prescrit une goutte de collyre trois fois par jour pendant dix jours et a demandé à le revoir cette semaine. Donc c'est moi qui m'y colle. Et mon frère doit nous véhiculer. Téléphoné ce matin au vétérinaire, pas de rendez-vous avant mercredi 16 heures. Bien, mercredi ce sera. Je me suis souvenu que mon arrière grand-père était vétérinaire à Chinon. Il a eu trois filles, ma grand-mère, ma tante Jeanne et ma tante Lucie. En fait mon frère a découvert qu'il avait eu une quatrième fille, morte en bas âge. Personne n'en connaissait l'existence ou alors se gardait bien d'en parler. C'est bien mystérieux.

Ce que je mange. Hier midi : magret de canard avec des épinards, hier soir : deux oeufs sur le plat avec une salade d'endives et un demi oignon, ce midi : escalope de dinde avec des haricots verts du jardin, ce soir ; une tranche d'andouille de Vire avec des pommes de terres grillées et une salade d'endives et un demi oignon.

Giboulées


La pluie tombe par intermittence, ce sont des grains appelés aussi giboulées, le ciel s'assombrit, le vent se lève, il tombe une grosse pluie et même parfois de la grêle. Les poules se mettent à l'abri, l'oie et les canards sont indifférents à la pluie. J'entends l'averse crépiter légèrement sur le vasistas. Le chat s'est collé au radiateur, à un endroit d'où il peut à la fois me surveiller et surveiller sa gamelle et où il a bien chaud. J'hésite à sortir faire une promenade, l'air est froid et humide et je n'ai pas envie de me faire doucher par un grain. Alors se faire un thé, plutôt.

dimanche 22 février 2015

Promenade avec Bouba


La nuit a été froide, le thermomètre est descendu à -6°C. Ce matin quand j'ai ouvert aux poules il y avait une pellicule de glace sur l'eau de leur abreuvoir, un demi centimètre environ. J'ai cassé la glace avec un bâton et j'ai changé l'eau. Le chat a dormi à coté de moi, sur la couette, à un moment il s'est blotti contre moi pour avoir plus chaud, c'est agréable de dormir avec un chat blotti contre soi, sentir sa chaleur. Le chat s'est levé à cinq heures, je me suis levé pour lui ouvrir, il s'est jeté dehors, tout content d'entamer une nouvelle journée. Je me suis recouché et j'ai dormi jusqu'à neuf heures. Les champs étaient recouverts de gelée blanche, le ciel bleu. Sur la mare il n'y avait qu'une jeune cane, mais l'autre est arrivé aussitôt, elle aime se balader, les deux canes ont entamé une petite danse de joie de se revoir, hochement de têtes répétés et cancanements très brefs. La surface de la mare n'était pas gelée, la troisième cane, celle qui dort dans le poulailler, est venu rejoindre ses deux copines sauvages, sur la mare.

Il n'y a pas de bruit dans la maison, je n'écoute pas de musique, je ne mets la radio que pendant les repas, je ne regarde jamais la télé. Je fais une cure de silence. J'écoute la pluie tomber sur le vasistas et sur le toit, j'écoute les rafales de vent, les cris de l'oie, du coq et l’occasionnel cancanement des palmipèdes. Le chat miaule pour réclamer son déjeuner, la maison craque de temps en temps. Tout ça sont de bruits familiers et agréables. Il n'y en a presque pas d'autres (le bruit de la hotte qu'il faut démarrer quand on prépare les repas est très désagréable, lui, mais ça ne dure pas longtemps et quand on l'arrête on apprécie le silence qui suit).

Je suis dans mon état d'esprit typique de mes séjours seuls à la campagne, serein, simplement joyeux d'être là et d'y être seul. Hier j'étais encore en état de transition, pas encore adapté, encore un peu soucieux des soucis parisiens. Aujourd'hui ça va parfaitement bien.

Bouba est un jeune chien mélange de Labrador et de Braque (et peut-être d'autre chose, on n'en sait rien), il est plein de vitalité, très amical, pas agressif pour deux ronds malgré sa taille et obéissant quand on l'appelle, il adore les caresses, sa queue fouette l'air en permanence tant la joie qui l'anime est constante. Il appartient à une voisine qui est partie en vacances et qu'il l'a confié à d'autres voisins. Aujourd'hui il a tenu à venir en balade dans les bois avec moi, nous avons fait notre tour habituel (pour moi comme pour lui) il a gambadé joyeusement sans jamais me perdre de vue, cette balade était pour lui une fête. J'ai réalisé combien la joie d'un chien et son enthousiasme pour la banalité d'une balade était communicatif, combien le compagnonnage d'un chien était tonique et vivifiant. Au cours de notre balade nous avons croisé un joggeur, j'ai rappelé Bouba et l'ai tenu par son collier pour ne pas qu'il l'effraie, le jogger nous a dis bonjour en nous croisant et m'a complimenté pour mon beau chien, ajoutant : "c'est quelle race ?", je lui ai dit que c'était un croisement assez obscur, le type a rigolé et a continué sa course. Etant donné que presque tout le monde aime les chiens les gens que vous rencontrez sont plus aimables et amicaux.

samedi 21 février 2015

ISS


Première journée de vacances à la campagne. La famille est partie vers 9 heures et demie pour leur voyage en Namibie, une journée et une nuit de voyage les attendent. 

Passé la fin de la matinée à regarder NASA TV sur le Web. Il y avait une sortie dans l'espace prévue pour deux membres de l'équipage de l'ISS. Je suis un enfant des sixties, j'ai vécu, étant gamin, la conquête spatiale, les programmes Gemini, puis Apollo, l'alunissage d'Apollo 11 en 1969 et les premiers pas des astronautes américains, Neil Armstrong et "Buzz" Aldrin sur la lune, avant il y avait eu Apollo 8 et la première orbite lunaire, et puis la catastrophe évitée de justesse d'Apollo 13. Je suivais tous ça à la télé et dans les journaux. J'en ai encore un souvenir très vif. Aujourd'hui je suis encore comme un gamin devant les exploits des astronautes, même si les journaux ni la télé n'en parlent plus que rarement. Il y a une chose formidable qui se passe au dessus de nos têtes, en orbite terrestre, dans l’indifférence générale : une station spatiale internationale tourne autour de la terre à une altitude de 420 km, elle abrite cinq astronautes (en ce moment) qui y vivent et y travaillent, qui font des sorties dans l'espace pour faire des travaux sur leur machine. Il y a deux Russes, deux Américains et une Italienne en ce moment, c'est l'un des deux Américain le commandant de bord. Ils vivent en bonne entente. Ils parlent anglais et russe. Ils vivent (travaillent, mangent, dorment) en apesanteur. L’électricité est fournie par d'immenses panneaux solaires. Ils sont ravitaillés par des vaisseaux spatiaux automatiques envoyés là haut par des fusées lancées de Cap Canaveral en Floride ou de Baïkonour au Kazakhstan. Tous les trois ou six mois ils sont relevés par un autre équipage envoyé aussi en orbite par une fusée. C'est pas génial ça ? Et personne ou quasiment n'y fait plus attention.

Donc aujourd'hui j'ai regardé une partie de la sortie dans l'espace. Je me suis fait la cuisine en prenant tout mon temps, j'ai lu, j'ai fait une sieste et je suis allé me promener. Une bonne journée de vacances.

jeudi 19 février 2015

Procrastination

Quand j'ai à faire quelque chose, même un chose anodine, dans un avenir proche je me sens toujours nerveux et je ressens que l'obligation de faire ce que j'ai décidé de faire ou ce que je suis obligé de faire, me pèse. Ainsi je procrastine énormément. Cette tendance très forte à la procrastination est une réaction au sentiment de frustration devant l'obligation de faire quelque chose mélangé dans certains cas, mais pas tous, de crainte d'échouer. D'ailleurs quand je prends la décision de procrastiner quelque chose je ressens brièvement un soulagement qui peut être même parfois un bref moment d'euphorie ou tout au moins de joie. Mais aussi quand enfin je réalise quelque chose que j'ai repoussé au lendemain pendant longtemps je me sens aussi soulagé, voire content de l'avoir fait, comme si la tension qui s'était accumulée au cours du temps était soudain détendue par l'accomplissement de la tâche sans cesse repoussée au lendemain.

mercredi 18 février 2015

Que veut l'État Islamique ?

Une lecture essentielle pour qui veut essayer de comprendre le Daech (ou Etat Islamique), et se faire une idée du danger qu’il représente et de la façon de le contrer.
En anglais, j’espère que Courier International, par exemple, traduira cet article de Graeme Wood, paru dans The Atlantic.
Un extrait :
Given everything we know about the Islamic State, continuing to slowly bleed it, through air strikes and proxy warfare, appears the best of bad military options. Neither the Kurds nor the Shia will ever subdue and control the whole Sunni heartland of Syria and Iraq—they are hated there, and have no appetite for such an adventure anyway. But they can keep the Islamic State from fulfilling its duty to expand. And with every month that it fails to expand, it resembles less the conquering state of the Prophet Muhammad than yet another Middle Eastern government failing to bring prosperity to its people.
The humanitarian cost of the Islamic State’s existence is high. But its threat to the United States is smaller than its all too frequent conflation with al-Qaeda would suggest. Al-Qaeda’s core is rare among jihadist groups for its focus on the “far enemy” (the West); most jihadist groups’ main concerns lie closer to home. That’s especially true of the Islamic State, precisely because of its ideology. It sees enemies everywhere around it, and while its leadership wishes ill on the United States, the application of Sharia in the caliphate and the expansion to contiguous lands are paramount. Baghdadi has said as much directly: in November he told his Saudi agents to “deal with the rafida [Shia] first … then al-Sulul [Sunni supporters of the Saudi monarchy] … before the crusaders and their bases.”
The foreign fighters (and their wives and children) have been traveling to the caliphate on one-way tickets: they want to live under true Sharia, and many want martyrdom. Doctrine, recall, requires believers to reside in the caliphate if it is at all possible for them to do so. One of the Islamic State’s less bloody videos shows a group of jihadists burning their French, British, and Australian passports. This would be an eccentric act for someone intending to return to blow himself up in line at the Louvre or to hold another chocolate shop hostage in Sydney.A few “lone wolf” supporters of the Islamic State have attacked Western targets, and more attacks will come. But most of the attackers have been frustrated amateurs, unable to immigrate to the caliphate because of confiscated passports or other problems. Even if the Islamic State cheers these attacks—and it does in its propaganda—it hasn’t yet planned and financed one. (The Charlie Hebdo attack in Paris in January was principally an al‑Qaeda operation.) During his visit to Mosul in December, Jürgen Todenhöfer interviewed a portly German jihadist and asked whether any of his comrades had returned to Europe to carry out attacks. The jihadist seemed to regard returnees not as soldiers but as dropouts. “The fact is that the returnees from the Islamic State should repent from their return,” he said. “I hope they review their religion.”
Properly contained, the Islamic State is likely to be its own undoing. No country is its ally, and its ideology ensures that this will remain the case. The land it controls, while expansive, is mostly uninhabited and poor. As it stagnates or slowly shrinks, its claim that it is the engine of God’s will and the agent of apocalypse will weaken, and fewer believers will arrive. And as more reports of misery within it leak out, radical Islamist movements elsewhere will be discredited: No one has tried harder to implement strict Sharia by violence. This is what it looks like.
Even so, the death of the Islamic State is unlikely to be quick, and things could still go badly wrong: if the Islamic State obtained the allegiance of al‑Qaeda—increasing, in one swoop, the unity of its base—it could wax into a worse foe than we’ve yet seen. The rift between the Islamic State and al-Qaeda has, if anything, grown in the past few months; the December issue of Dabiq featured a long account of an al‑Qaeda defector who described his old group as corrupt and ineffectual, and Zawahiri as a distant and unfit leader. But we should watch carefully for a rapprochement.Without a catastrophe such as this, however, or perhaps the threat of the Islamic State’s storming Erbil, a vast ground invasion would certainly make the situation worse.

Partir c'est mourir un peu

Dans deux jours je pars en vacances pour une dizaine de jours à la campagne et évidemment, comme d'habitude, à deux jours du départ je n'ai plus du tout envie d'y aller. Bien sûr je vais partir quand même mais jusqu'à ce que je sois dans le train je vais ressentir cette envie de rester chez moi et ce désir d'inertie. Pourquoi ai-je pris la décision d'aller à la campagne ? Je suis complètement idiot, je vais me barber à mort, surtout qu'on est en hiver qu'il va faire froid, humide et triste, et la nuit qui tombe tôt (en réalité à chaque fois que j'ai été à la campagne, c'est à dire plusieurs fois par an, j'ai trouvé que mon séjour était trop court et que les journées passaient trop vite, et bien sûr, avant de rentrer à Paris, l'envie de rester à la campagne, voire même de changer de vie et d'y habiter toute l'année, envie totalement oubliée dès que j'arrive à la Gare Montparnasse !) Et puis je vais quitter le travail pendant quinze jours, les chefs vont peut-être se rendre compte à cette occasion que je ne suis pas indispensable (aucun risque en réalité, ils ne vont probablement même pas se rendre compte que je suis en congés !) Ça me fait cela à des degrés divers à chaque fois que je dois voyager un peu, même dans un endroit proche (genre de l'autre coté du périphérique si vous voyez ce que je veux dire), et plus l'absence est prévue longue et la destination lointaine plus l'envie d'y renoncer et de rester chez moi est forte. Même quand je pars en voyage aux États-Unis, ma terre d'élection, je suis dans un état d'anxiété et de cafard affreux et absurde jusqu'à ce je mette les pieds dans l'avion, peut-être même jusqu'à ce que j'arrive à l'aéroport, et après viens la douce euphorie de l'avoir fait, d'être parti, de voyager ou d'aller dans un endroit que j'aime (comme la campagne où je vais passer quelques jours la semaine prochaine). Aujourd'hui même l'idée de faire ma valise me tarabuste ! 

lundi 16 février 2015

Parler de sport

Le seul sport-spectacle auquel je m'intéresse et que je regarde quand je peux, c'est le Baseball. Pourquoi ? Parce que c'est Américain (!), que c'est complètement incompréhensible pour la plupart des Français et que c'est très impopulaire ici (je suis snob !), que c'est très ennuyeux à regarder pour quelqu'un qui n'est pas "tombé dedans quand il était petit", comme on dit, que les règles sont compliquées et un peu ésotériques (mais je les connais bien et j'en suis un peu fier), que tout dans ce jeu est mesuré et mesurable, donc traduit en nombre et propice à faire des statistiques, des classements et des calculs divers (les fameux sabermetrics) et que ce genre de chose m'amuse.

Autant dire que mes échanges avec les collègues sont plus que réduits, étant donnés qu'ils ne connaissent et ne parlent que de Foot, de Rugby, de Tennis et un peu de Basket. Tous sports-spectacles qui m'indiffèrent voire que je déteste. (J'écris sport-spectacle pour différencier le sport qu'on fait du sport qu'on regarde, et parce que ce sont beaucoup plus des spectacles que des sports).

En fait mes collègues parlent de sport en des termes très généraux ou pour répéter ce qu'ils ont entendu dire à la télé sur tel ou tel joueur ou sur telle ou telle équipe. Au fond ils parlent de Foot exactement comme ils parlent de politique, ou vice-versa. Mêmes idées générales, peu réfléchies, pré-pensées par les média et la télé en particulier, grande pourvoyeuse de lieux communs et d’approximations. Avec toujours cette envie de montrer qu'on en sait plus que les autres mais à peu de frais et au moindre effort possible pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Influence

Les déclarations de Roland Dumas sur "l'influence des juifs" sont une manifestation de la judéophobie de fond d'une certaine culture française. Dire cela publiquement quand on a 90 ans c'est moins une manifestation de la libération dans la société d'aujourd'hui d'une certaine parole antijuive ou antisémite que le fait qu'à 90 ans on contrôle moins bien la barrière entre les arrières pensées et les dires, on s'en fiche un peu du qu'en dira-t-on.  Sur le fond l'influence des juifs, du soi-disant "lobby juif", comme celle des francs-maçons, sur la politique, est un vieux préjugé partagé par beaucoup de gens d'origines ou d'écoles de pensées ou d'époques différentes, de la droite extrême à la gauche extrême en passant par toutes les nuances politiques, et toutes les époques du vingtième siècle. Je pense que Mitterrand le pensait secrètement (et à la fin de sa vie pas si secrètement que ça), par exemple. C'est le vieux fond de complotisme antijuif qui ressort par la voix de Roland Dumas. Bien entendu c'est idiot et inadmissible.

Retour à Firefox

Comme il est décrit dans cet article j’ai moi aussi changé mon navigateur par défaut, Google Chrome, par Firefox. J’ai été un des premiers utilisateur de Firefox et je l’ai utilisé pendant très longtemps, puis j’ai migré vers Chrome quand la version pour Mac est sortie et j’ai été séduit, il était plus rapide et le rendu était meilleur que Firefox, du moins me semblait-il. Et puis Chrome est devenu avec le temps une grosse machine, obèse, bouffant une mémoire énorme (et croyez-moi sur une vieille machine c’est important). Avec Yosemite, Chrome est devenu presque complètement inutilisable, d’une lenteur incroyable, avec un temps de latence insupportable quand on veut saisir n’importe quelle chose au clavier, etc. Je suis revenu à Firefox et j’ai poussé un soupir de soulagement !

Facebook tue-t-il les blogues ?

Je  me faisais la réflexion que Facebook avait tendance à tuer les blogues. C’est le cas avec le mien. Tout ce que je mettais avant sur mon blogue : liens, petites réflexions, vidéos, photos, je les mets maintenant sur Facebook. Et je garde le blogue pour développer des textes plus longs et plus aboutis, plus travaillés (enfin telle est mon intention, mais je ne le fais pas non plus !) Résultat donc : je n’écris plus rien sur ce blogue.

Pourquoi ? Je pense que c’est en partie à cause de la facilité avec laquelle on publie sur Facebook, deux clics et c’est publié, c’est aussi en partie parce que sur Facebook on a l’impression de maîtriser son auditoire (en fait ce n’est pas tout à fait vrai parce que, si vos abonnés le laissent décider à votre place, FB ne montre à ceux-ci que certaines de vos publications, celles qu’ils jugent comme pouvant les intéresser à partir de leur comportement passé (par exemple si vous cliquez beaucoup de “j’aime” chez quelqu’un, ses publications vont apparaître plus fréquemment dans votre chronologie)) et que j’ai l’impression que cet auditoire est aussi mieux disposé à mon égard (ce qui est faut aussi, ou du moins pas toujours certain).

J’ai vu que mon neveu (l’écrivain et éditeur), qui a ouvert son blogue peu de temps après mon premier (en 2001) publiait ses billets de blogue, sur son blogue et sur FB, simultanément. Je ne lui ai jamais demandé pourquoi il faisait ça comme ça mais je suppose qu’il s’assure ainsi à la fois d’un lectorat fidèle et d’un feedback positif qu’il n’a pas sur son blogue (les “j’aime” et les commentaires facebookiens).

Bon, hé bien ce sont de mauvaises raisons d’abandonner son blogue et j’ai bien l’intention de reprendre celui-ci.

jeudi 12 février 2015

Bloguite

Au bureau

Je fais une crise de bloguite aigüe ! J'aurais bien des choses à écrire mais je me dis sans cesse que ce sont des âneries dérisoires qui n'ont aucun intérêt. J'ai aussi une grosse flemme et d'une manière générale peu envie d'écrire, peu envie de bloguer. J'espère que ça va passer.

jeudi 15 janvier 2015

"Mes enfants m'ont vaincu !"


Le Talmud raconte un célèbre débat entre des grands sages à la maison d’étude. Ils débattent comme ils savent si bien le faire. Le ton monte et chacun défend avec passion et virulence son point de vue. Imaginez l’ambiance d’une conférence de rédaction à Charlie Hebdo , transposée au monde de la Yeshiva.
Rabbi Eliezer dit alors : « J’ai raison, j’ai forcément raison. Pour le prouver, dit-il, que cet arbre soit immédiatement arraché ! » Dans la seconde, l’arbre est déraciné et planté 100 mètres plus loin. Réaction des autres rabbins : ils haussent les épaules : « Et alors ? Cela ne prouve rien ! »
Alors, Rabbi Eliezer poursuit sa démonstration : « Si j’ai raison que les murs de la maison d’étude s’effondrent sur nous ». Immédiatement, les parois de la Yeshiva commencent à s’affaisser. Les autres sages se tournent vers les murs et leur disent : « De quoi je me mêle ? Ceci est un débat entre les sages, ne bougez pas et restez en place ! » Les murs s’immobilisent.
À bout d’arguments, rabbi Eliezer en appelle à Dieu lui-même et dit : « Si j’ai raison qu’une voix céleste le confirme ». Immédiatement, une voix céleste annonce : « Rabbi Eliezer a raison ». Silence à la maison d’étude. Alors, se lève un homme, Rabbi Yoshoua et il dit à Dieu : « cette discussion ne te regarde pas ! Tu nous as confié une loi, une responsabilité, maintenant elle est entre nos mains. Tiens-toi loin de nos débats. »
Voilà comment les rabbins du Talmud parlent à Dieu, avec une certaine insolence, en lui disant : « N’interviens pas dans les débats des hommes, car la responsabilité que tu nous as confiée est entre nos mains. »
Cet épisode s’achève de façon plus étrange encore, par la réaction de Dieu. En entendant cela, affirme le Talmud, Dieu se met à rire et il dit avec tendresse : « Mes enfants m’ont vaincu ! ».
Pourquoi vous raconter cette histoire ? Quel rapport a-t-elle avec Elsa ? En apprenant à découvrir son univers ces derniers jours, il m’a soudain semblé que cette histoire était très « cayatienne ».
C’est l’histoire d’un divin qui rit et se réjouit d’une humanité impertinente, d’une humanité qui dit avec humour à son dieu « Prière de ne pas déranger – nous sommes aux commandes ».
C’est l’histoire d’un dieu qui rit et se tient à distance, d’un dieu qui se réjouit qu’on lui dise : le monde est « athée », au sens littéral du terme, c’est à dire que Dieu s’en est retiré pour que les hommes agissent en êtres responsables. Ce dieu-là n’est pas le dieu des Juifs mais le dieu de tous ceux qui, croyant en lui ou n’y croyant pas, considèrent que la responsabilité est entre les mains des hommes, et tout particulièrement de ceux qui interprètent ses textes. Bref, un dieu de liberté.

Rabbin Delphine HORVILLEUR Lors des funérailles d'Elsa CAYAT, le 15 janvier 2015.

Jewish textuality


Here is one astounding constant of Jewish history since (at least) Mishnaic times: every boy was expected to go to school from the age of three to the age of thirteen. This duty was imposed on male children and their parents, administered and often subsidized by the community. At school, often a tiny one-room, one-teacher, multiage affair, the boys studied Hebrew—not their mother tongue, and not a living language even in Talmudic times—at a level sufficient for both reading and writing. This ten-year study was unconditional, independent of class, pedigree, and means. Some boys surely dropped out prior to becoming a Bar Mitzvah, but few remained illiterate. The secret was to teach them a great deal in their earliest years, and wisely pamper them with sweets to munch with their first alphabet. Where other cultures left boys in their mothers’ care till they were old enough to pull a plough or wave a sword, Jews started acculturating their youngsters to the ancient narrative as soon as the tots could understand words, at two years old, and read them, often at the ripe age of three. Schooling, in short, began soon after weaning. The Jewish twist also pertained to the vessel in which the ancient narrative was served up to the scions. Early in our history we began to depend on written texts. On books. The great story and its built-in imperatives passed from generation to generation on tablets, papyri, parchments, and paper. Today, as we write this book, the historian among us checks all our references on her iPad, and she cannot resist the sweet reflection that Jewish textuality, indeed all textuality, has come full circle.

Amos Oz, Fania Oz-Salzberger - Jews and Words