Conséquences d'Helsinki ?

Qu'est-ce que la prestation lamentable de Trump hier à Helsinki (qualifiée par certains de trahison) va changer ? Probablement rien dans l'immédiat. Les Républicains peuvent difficilement se détacher de Trump tant qu'il est populaire dans leur électorat. Ils vont donc blâmer le président du bout des lèvres et essayer de passer rapidement à autre chose. Les Démocrates et l'ensemble des media dit "libéraux" hurlent leur indignation mais ils ne prèchent que pour leur paroisse, ça n'entamera en rien la popularité de Trump dans l'opinion de la classe ouvrière blanche. On peut compter sur Trump pour contre-attaquer en mentant comme un arracheur de dents, en tentant de changer de sujet (déjà entamé aujourd'hui en vantant ses pseudo-succès au renforcement de l'OTAN) et en essayant de se justifier en attaquant les Démocrates, les "fake news" media, Obama, le "deep state", l'enquête du procureur spécial Mueller, etc.

La solution ne viendra que des élections de novembre si les Démocrates reprennent la majorité à la Chambre des représentants (ce qui est possible) et au Sénat (moins facile). Ils seront alors en mesure de sérieusement embarrasser Trump et le neutraliser. Pour que les Démocrates gagnent ses élections il faut qu'ils mobilisent leur électorat au maximum.

Entre aujourd'hui et les élections de mi-mandat le rapport d'enquête du procureur spécial Mueller sortira peut-être, il sera sûrement dommageable pour le président mais il est peu probable qu'il entraîne une action en justice contre lui et de toute façon il ne convaincra que les déjà convaincus, la base trumpienne n'est pas prête à changer d'opinion sur son idole.

Ego

Psychologie de comptoir : il est impossible pour Trump de reconnaître l'ingérence des Russes en sa faveur dans le processus électoral parce que ça serait reconnaître que sa victoire est due à autre chose qu'à ses qualités et capacités personnelles. Son égo est tel que c'est impensable ! De même il ne peut admettre publiquement que le faible taux de participation (55%) et le système électoral particulier des États-Unis ont permis son élection (Hillary Clinton a recueilli 3 millions de voix de plus que lui mais trois États -- Michigan, Pennsylvania et Wisconsin -- lui ont fait défaut). D'où les affirmations qu'il y aurait eu des fraudes électorales organisées massivement dans les États qu'il n'a pas gagné.

Réalité alternative

Il est clair que Trump ne pense qu'à ses partisans, ceux qui viennent à ses meetings, les 40% qui ont encore une opinion favorable pour lui. Avec eux il communique de façon instinctive mais habile et ils l'adorent. Pour ces gens Trump crée sa propre réalité alternative. Ce que Trump dit la veille peut être réfuté par ce même Trump le lendemain et ses partisans n'y voient rien à redire. Et plus la presse hurle après Trump plus ses partisans l'adulent.

Hier, Donald Trump a donné une interview au tabloïd britannique «The Sun» de Rupert Murdoch, dans lequel il disait des choses très désagréables à l'égard de la politique de Theresa May (entre autres choses désagréables et insultantes, envers le Maire de Londres notamment). Aujourd'hui bien sûr, en conférence de presse avec Theresa May, il a menti effrontément en disant que ce qu'avait publié The Sun était des "fake news". Carrément ! Sans vergogne.

Je suis prêt à parier est qu'une fois que Theresa May ne sera plus dans la même pièce que lui, Trump l'insultera à nouveau. J'ai du mal à me représenter ce qui se passe dans sa tête et comment 40 % des Américains en âge de voter lui font encore confiance.

Avec des amis pareils...

Que dire de la dernière sortie de Trump ? Dans un interview au Sun (journal dont le propriétaire est Rupert Murdoch, qui possède aussi Fox News aux USA), Trump dénonce le projet de Brexit de Theresa May, l'humilie au passage ("elle ne m'a pas écouté") et déclare que Boris Johnson ferait un excellent premier ministre. Tout ça avant d'être reçu par cette même Theresa May à Chequers aujourd'hui.

Cette déclaration est bien dans les (mauvaises) manières de Trump, c'est peut-être aussi une vengeance pour le bébé gonflable à l'effigie de Trump qui flotte dans le ciel de Londres aujourd'hui et qu'a autorisé le maire de Londres (que Trump insulte abondamment au passage, dans ce même interview).

Il est probable que Trump tente de minimiser aujourd'hui ses déclarations incendiaires au Sun, ça serait bien dans ses habitudes. On peut aussi constater que Trump, jusqu'à maintenant, s'est bien gardé de critiquer Poutine (qu'il rencontre lundi prochain). De là à dire qu'il ne respecte que la force et l'autorité... Quant à Theresa May : elle a pris un coup très dur de la part d'un supposé allié et ami, un réflexe patriotique de la part de l'opinion et des députés britanniques pourrait lui servir pendant un temps.

Nato is great again

« I believe in Nato » « Nato is very strong ». « I am a stable genius ». Trump ce matin à sa conférence de presse à Bruxelles. Les imprécations d'hier étaient pour impressionner la galerie, se faire passer pour quelqu'un qui tient la dragée haute à tous ces Européens arrogants et faire planer la menace de disloquer l'Alliance. L'essentiel est de rouler des mécaniques, déclarer la victoire totale et passer à autre chose, rien de plus ! De toute façon Trump s'en fiche, de l'OTAN comme du reste, seuls ses soutiens en Amérique comptent et comme ceux-ci ont la capacité d'attention d'une huître il n'est pas difficile de leur dire qu'il a gagné, qu'il gagne toujours, que les autres ont perdu et que l'Amérique est great again !

Enquête insolite

Rod Rosenstein, le Ministre de la Justice adjoint des États-Unis a demandé à ses 93 procureurs fédéraux de fournir 3 substituts chacun pour examiner l'immense quantité de documents que Brett Kavanaugh -- le juge à la Cour Suprême nommé lundi par Trump -- a produit pendant ses missions passées pour le gouvernement. Brett Kavanaugh a été dans l'équipe du procureur Starr qui a enquêté sur l'affaire Clinton - Lewinski, a travaillé sur le recompte des voix en Floride après l'élection présidentielle de 2000 et a été conseil du président George W. Bush. L'utilisation de substituts fédéraux pour faire une enquête non criminelle est insolite et fait lever quelques sourcils !

4% du PIB !

Trump vient de demander que les pays de l'OTAN consacrent 4% de leur PIB à leur défense, et non plus 2% comme demandé auparavant. Rappelons que l'objectif de 2% du PIB a été prévu en 2014 pour... 2024 ! C'est bien sûr impossible pour la plupart des pays d'atteindre ces 4%. Il est clair que Trump veut utiliser la participation des États-Unis à l'OTAN comme moyen de pression, voire comme levier de chantage, pour obtenir des concessions des Européens sur d'autres sujets. Ou bien il veut disloquer l'Alliance Atlantique.

Trump et l'OTAN

Si j'étais complotiste je dirai que ce n'est pas un hasard si Trump fait le jeu de Poutine en déstabilisant l'UE et l'OTAN, ce même Poutine qui a contribué à le faire élire par une campagne d'influence et de cyber-piratage. Je ne suis pas complotiste et donc je n'y vois que la confirmation de ce que je pense depuis l'élection de Trump : que c'est un nationaliste ignare qui ne voit la vie que comme un jeu à somme nulle, qui méprise les étrangers et en particulier les européens, qui n'admire que la force et les dictateurs, qui n'a aucune culture ni le moindre intérêt pour tout ce qui n'est pas sa personne. Un abruti fascisant. Il est probable que les services russes aient détecté ces traits dans le candidat Trump et en aient conclu que ces défauts pourraient tourner à leur avantage dans le cas où il serait élu.