mercredi 23 octobre 2013

NSA

L’espionnage massif de la NSA ne me choque pas, car il fait partie du paysage mondial depuis des années, des décennies, et il a été dénoncé par des rapports du Parlement européen depuis plus de dix ans, mais personne ne les a manifestement lus. Il ne diffère pas, dans sa logique, de ce que les grandes nations SIGINT font, seules ou ensemble. Il n’est ni pire ni meilleur dans ses pratiques de ce que nous faisons, de ce que font les Russes, les Chinois, les Israéliens, les Indiens. Il ne me choque pas car il est logique, et il est donc normal. Il n’a rien de surprenant, et le condamner, à ce stade, ne sert à rien. De même, discuter de sa légalité est sans objet, puisque la mission de services comme la NSA ou le GCHQ ou la DGSE est justement de s’affranchir de la loi hors de leurs territoires nationaux respectifs.

On pourrait, éventuellement, se pencher sur la moralité, mais le débat à venir me lasse déjà. Pour un service de renseignement, voire pour un gouvernement, la morale qui doit primer n’est-elle pas la défense des intérêts que j’ai listés plus haut ? A ce titre, intercepter « 70 millions de données par an » dans un pays qui envoie 50 milliards de SMS dans le même temps n’est rien. Puisque tout le monde écoute tout le monde, la seule chose à faire est de se protéger, et les lamentations n’ont jamais empêché les interceptions de communication. Vraie candeur ou fausse naïveté, calcul intérieur, populisme, démagogie, l’impression qui se dégage de ces derniers jours est celle d’une confusion générale, gracieusement alimentée par les idiots utiles qui se reconnaîtront.

On pourrait, à l’occasion, se pencher sur la campagne de transparence qui, tout en se concentrant sur la communauté américaine du renseignement, touche en réalité depuis des années l’ensemble des services occidentaux, fragilisés par les fuites massives orchestrées par Wikileaks, durement touchés par la trahison de Snowden, et alors que de persistantes idioties sont écrites sur les drones afin de dénigrer une évolution militaire mondiale présentée comme seulement occidentale. Mais à quoi bon essayer d’expliquer ? L’expérience prouve que quand on s’adresse à un gouffre on n’entend jamais que le son de sa propre voix.

Abou Djaffar

Aucun commentaire :