lundi 10 juin 2013

Prism

Franchement par moments on se demande si le monde ne marche pas sur la tête! En cause les dernières révélations du Washington Post et du Guardian rapportant que le renseignement américain utilise deux programmes secrets : l'un permettant la récolte des données d'appels téléphoniques aux Etats-Unis via l'opérateur Verizon, l'autre, nommé PRISM, visant à intercepter les communications d'internautes étrangers se situant hors des Etats-Unis sur neuf grands services et réseaux sociaux. Selon un certain nombre de chroniqueurs on tiendrai là non seulement le scoop du siècle mais aussi un gigantesque scandale! A les entendre on pourrait presque penser que le gouvernement américain écoute toutes les conversations téléphoniques, lit tous les mails et examine tous les profils Facebook à la recherche de terroristes potentiels ! Et qu'en plus c'est un crime ! Eh bien non! J'ai expliqué dans le billet précédent pourquoi la NSA collectait ces informations et ce qu'elle en faisait, mais il faut savoir aussi que tout ce que fait la NSA est légal et approuvé par le Congrès ou par un juge fédéral et que le recueil de données est contrôlé par une court de justice appelée FISA (Foreign Intelligence Surveillance Court).

L'homme à l'origine des fuites de la semaine dernière s'est dénoncé hier soir, il s'appelle Edward Snowden, c'est un ancien employé de la CIA et jusqu'à sa fuite à Hong-Kong (?) il travaillait chez un sous-traitant de la NSA. Ce matin Daniel Ellsberg, l'homme qui avait divulgué les papiers du Pentagone en 1971, parlait de Snowden comme d'un héros en lutte contre "The United Stasi of America". Sans rire! La Stasi, rien que ça. Tu parles d'une hyperbole!

A lire l'interview de Snowden dans le Guardian on se rend compte qu'il s'agit d'un jeune type idéaliste, extrêmement naïf (c'est un euphémisme) et assez ignorant (il s'est réfugié à Hong-Kong, apparemment en dépit du bon sens puisque Hong-Kong est sous autorité chinoise — ces grands défenseurs de la liberté d'expression — et, en tant qu'ancienne colonie britannique au statut particulier, a des accords d'extradition avec les Etats-Unis). Il raconte en particulier une opération de recrutement de la CIA à laquelle il a assisté, opération certes cynique mais d'une totale banalité dans le domaine du renseignement, qui l'aurait dégoutté des services d'espionnage. A lire son interview on se dit que ce qui est un peu effrayant c'est que la CIA emploie de tels idiots et que la NSA les laisse accéder à ses secrets de fabrication!

Certains appellent Snowden un "lanceur d'alerte" (*whistelblower* en Anglais), mais un lanceur d'alerte n'est-il pas sensé être quelqu'un qui dénonce un crime, une conspiration, un acte illégal mais tenu secret ? Or il n'y a rien d'illégal dans les écoutes et recueils de données que pratique la NSA et aucune conspiration. Jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire tout est sous contrôle.

Je suis certain que de scandale il n'y aura pas, ou alors c'est que vraiment nous n'avons plus le sens des réalités et des proportions. Et je suis persuadé que pour se défendre du terrorisme les démocraties libérales doivent prendre des mesures qui sacrifient quelque peu la vie privée, du moment que ces mesures sont encadrées et contrôlées. Je pense que les programmes de surveillance de la NSA — les écoutes et PRISM — sont nécessaires, légaux et contrôlés par une autorité indépendante.

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