À propos de "C'est de l'eau"

Envie de prolonger le billet précedent en donnant quelques explications en Français

David Foster Wallace, pour ceux qui ne le sauraient pas, est un écrivain américain, qui s'est suicidé en 2008 à 46 ans . Je le connais depuis longtemps et j'adore son oeuvre aux multiples facettes, allant du reportage "gonzo" aux nouvelles et aux romans "post-modernes". Invité à la remise des diplômes du Kenyon College, David Foster Wallace a livré un discours inattendu aux étudiants, titré "This is water" (C'est de l'eau)

Ce n'est pas un speech moralisateur, bien qu'il s'adresse à des étudiants sur le point d'entrer dans la vie active, ce qui, reconnaissons-le serait l'occasion rêvée de pontifier. Ce n'est pas non plus un prêche comme savent si bien le faire les Américains. Non, c'est un court texte qui ne dit que des choses que l'on sait déjà mais qui les présente comme une libération, un affranchissement positif à la portée de chacun d'entre nous.

OK, quel est le message ? Hé bien nous sommes simplement invité par David Foster Wallace à choisir de voir le monde avec un peu plus d'humilité et de compassion. Grosse banalité ? Pas si vite, l'essentiel est dans le mot choisir. Nous pouvons tous choisir de voir le monde autrement qu'avec la configuration de notre esprit par défaut, cette configuration qui nous pousse à réagir par la frustration et l'agacement à tout ce qui perturbe notre vie bien réglée, à tout ce qui nous entrave ou entrave notre désir (d'argent, de pouvoir, d'amour ou d'admiration, etc.) et à mettre notre moi au centre de tout. David Foster Wallace nous dit : OK, on est fait comme ça, on est conditionné comme ça mais on n'est pas condamné à cette course du rat destructrice, à cette frustration permanente, nous avons le choix. Le choix de vivre dans la frustration et l'agacement perpétuel ou de regarder notre monde avec d'autres yeux, avec attention aux détails, avec humilité et avec compassion pour les autres. Et David Foster Wallace de nous conter cette petite parabole, il s'agit d'un type qui se retrouve dans la file d'attente interminable d'un supermarché à la fin d'une journée de travail:

Regardez-les, ils sont presque tous moches dans la file d'attente, avec leur air bête et bovin, l'oeil vide, à peine humains, et ils sont pénibles et mal élevés, ces gens qui hurlent dans leur téléphone au milieu de la file, et tout ça c'est une injustice profonde et personnelle : j'ai travaillé dur toute la journée, je meurs de faim, je suis fatigué et je ne peux même pas rentrer chez moi pour manger et me détendre à cause de tous ces connards de gens.

Ou je peux choisir de me forcer à envisager la probabilité que tout le monde dans la file d'attente au supermarché connaisse le même ennui et la même frustration que moi et que certaines de ces personnes aient en réalité des vies plus difficiles, plus pénibles que la mienne.

Il est bon parfois de se laisser rappeler quelques banalités, essentielles pourtant, surtout sous une forme amusante et pleine de génie littéraire.

Si vous le pouvez achetez et lisez le petit livre qui reprends ce discours traduit en Français : C'est de l'eau, édité Au Diable Vauvert.

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