Les deux ponts de Normandie

C'est l'hiver et l'hiver c'est horrible. Le temps est gris plombé, on a l'impression que le jour se lève à peine et à peine est-il levé qu'il se couche de nouveau, à cinq heures il fait nuit. Pourtant dans un mois les jours rallongeront à nouveau, après le solstice d'hiver. Beaucoup de difficultés à me lever ce matin après avoir passé une nuit courte d'insomnie. Partir tard au travail le mercredi c'est l'assurance de rencontrer dans l'ascenseur les ménagères encombrées de leurs cabas ou de leurs enfants en poussettes, allant au marché. Ce matin l'une d'entre elle avait un panier de course ouvert dans lequel elle avait jeté au fond, et bien visible, son téléphone portable et son porte-monnaie. Je suis sans doute un peu parano, je lui ai fait remarquer que ce n'était pas bien prudent de se promener dans la rue comme ça. Elle a eu l'air embêté, comme si je l'avais prise sur le fait en train de commettre un impair.

L'autre soir, en discutant devant une bière avec AFR, j'ai cru bon de faire mon malin en décrivant ce que je pensais être la prise du Pont de Colleville en Normandie pendant la nuit du 5 au 6 juin 1944. En fait je me trompais complètement. Colleville-sur-Mer est un village de Normandie situé juste au sud de ce qui fut le 6 juin 1944 la plage d'Omaha Beach, sur le territoire de cette commune est situé le Cimetière Américain de Colleville, le plus grand cimetière de soldats américains de la région. Le pont dont je voulais parler est en fait le Pont de Bénouville sur le Canal de Caen (parallèle à L'Orne), appelé aussi de son nom de code militaire Pegasus Bridge.

Les deux ponts -- celui de Ranville sur l'Orne et celui de Bénouville situé quelques centaines de mètres plus à l'ouest, sur le Canal de Caen -- étaient considérés comme de première importance stratégique par les Alliés et par les Allemands. Situés juste à l'Est des plages où devaient débarquer les troupes Anglaises et Canadiennes (Gold, Juno et Sword), ils pouvaient servir, coté Allemand, à faire passer l'Orne et le Canal de Caen aux troupes blindées et aux renforts destinés à rejeter les Alliés à la mer. A l'inverse les Alliés devaient s'en emparer pour empêcher les Allemands d'amener des renforts et les maintenir intacts pour permettre aux Alliés de déployer leurs troupes à l'Est de l'Orne. Il fut décidé qu'un commando britannique devait s'emparer de ces ponts pendant la nuit qui précédait le Débarquement de Normandie, les déminer et les tenir jusqu'à l'arrivée des renforts débarquant le matin sur la plage de Sword. Les commandos seraient amenés en planeur sur un terrain proche des ponts, pendant la nuit, et devraient attaquer, aussitôt après leur atterrissage, les Allemands qui les défendaient.

L'opération fut menée dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 donc, par le 2nd Battalion, Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry Regiment sous les ordres du Major John Howard. Les Allemands furent pris par surprise, ils ne s'attendaient pas à être attaqué cette nuit là par des commandos, bien que les ponts aient été très consciencieusement renforcés par des systèmes de bunkers, de tranchées et des nids de mitrailleuses. Un bref combat permis aux Anglais de s'emparer du pont de Bénouville d'abord et du pont de Ranville peu après. Il y eu 2 morts et 14 blessés dans les rangs des commandos Anglais. Des paras du 7ième Bataillon Parachutiste sous les ordres du Lieutenant-colonel Pine-Coffin (pareil nom ne peut s'inventer), qui avaient été largués au petit bonheur la chance un peu partout dans le bocage Normand alentours réussirent à se rassembler et prêtèrent main forte aux commandos du Major John Howard pour tenir les ponts et repousser les contre-attaques allemandes (dont une de Panzers).

À 13 heures 30 le 6 juin, paras et commandos furent relevés par la 1st Commando Brigade Écossaise, commandée par le flamboyant général Lord Lovat et dirigé au son de ses cornemuses, arrivant de la plage de Sword. Les Écossais étaient un peu en retard, 2 minutes sur l'horaire prévu et Lord Lovat présenta ses excuses au Lieutenant-colonel Pine-Coffin.

J'ai donc confondu, je ne sais pas pourquoi. J'ai visité il y a quelques années les lieux (le Pegasus Bridge et le Cimetière Américain de Colleville) le même jour, c'est peut-être à cause de ça.

1 commentaire:

Sylvain a dit…

Fallait vraiment être gonflé pour se poser en planeur à Benouville ! J'ai visité les lieux. Y avait pas de place pour se poser sans tout casser. Bravo les Anglais.