Reasonable doubt

Je n'écoute pas la radio le matin en me levant. D'une manière générale je n'écoute d'ailleurs pas la radio française. Quand je mets la radio, et c'est souvent, c'est une radio américaine sur Internet (gloire et gratitude pour la broadband) : la plupart du temps c'est WNYC de New York ou bien WBEZ de Chicago, parfois KCRW à Santa Monica (mais leur snobisme a tendance à m'irriter) et quand je me sens un peu bluesy rien de tel qu'un peu de country bien gras pour me remonter le moral avec Radio Free Texas ou Texas Exile Radio, ou bien du swamp avec Cajun Fest ou encore du blues avec City Sounds Radio. Vous en déduirez ce que vous voudrez mais ça ne reflète que le léger dégout que j'éprouve pour l'actualité et la politique voire même... tout, de mon pays natal et mon affection irrationnelle et permanente depuis 20 ans pour les États Unis d'Amérique. Bref, ce n'est donc qu'après avoir pris une douche et repassé une chemise que j'ai découvert dans ma boite mail une "news alert" du New York Times annonçant que le dossier du procureur de New York contre DSK était sur le point de s'écrouler à cause du manque de crédibilité de la victime présumée et accusatrice.

Il y a deux choses dans cette affaire qui sont très importantes, la première c'est ce qu'on appelle le "due process of law" et la seconde le "reasonable doubt". Le "due process" oblige l'accusation pendant la période dite de discovery (d'instruction) de dévoiler toutes ses preuves à la défense, même celles qui mettent à mal son dossier (les éléments à décharge). Le "reasonable doubt" oblige le jury à déclarer un prévenu coupable au delà de tout doute raisonnable. S'il y a le moindre doute sur la culpabilité de l'accusé le jury doit l'acquitter. Ce n'est pas la même chose en France où les jurés doivent se prononcer sur la culpabilité ou la non-culpabilité de l'accusé en vertu de leur intime conviction.

Dans l'affaire DSK, la victime présumée est aussi le seul témoin, elle peut bien dire ce qu'elle veut si on montre qu'elle a menti par le passé elle n'est plus crédible et donc le doute s'installe, qui doit profiter à DSK. Seules des preuves matérielles reliant sans aucun doute l'accusé à l'acte qu'on lui reproche pourraient lever le doute.

Et selon la lettre qu'a envoyé le procureur à la défense la crédibilité de la victime et accusatrice est très entamée : elle aurait menti sur plusieurs points cruciaux et en particulier dans son dossier de naturalisation, aurait des relations interlopes, aurait menti sur les circonstances de l'agression sexuelle et même se serait parjuré devant le Grand Jury. Reconnaissons que ça fait beaucoup.

Bon, je suis sûr que DSK va avoir droit à un non-lieu dans peu de temps, assez pour que le procureur de New-York, Cyrus Vance Jr., ne perde pas la face. Quel retournement de situation! Il y a six semaines c'était DSK qui jouait sa tête, aujourd'hui c'est Cyrus Vance Jr. qui joue la sienne! Et la directrice du Special Victims Unit (ce qui veut dire unité des victimes spéciales et non unité spéciale des victimes) du NYPD a démissionné (sans qu'on sache si sa démission est liée à l'affaire DSK). Et pour la primaire socialiste c'est râpé pour Strauss-Khan, je ne crois pas qu'il puisse être candidat avec tout ce qui s'est passé. Mais il peut jouer un rôle et peut-être que Martine Aubry pourrait faire un tandem, à elle la présidence et à DSK Matignon.

1 commentaire:

Sylvain a dit…

Excellente analyse. Bien des journalistes pourraient s'en inspirer !