Face the music...

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Ce n'est facile pour personne de faire face à certaines vérités désagréables ou désobligeantes sur soi-même. Quand on ne s'aime pas c'est encore plus douloureux parce que ça renforce et confirme les raisons de ne pas s'aimer. Comment se tirer moralement de ces mauvais pas? Je n'ai pas la solution mais j'y réfléchis beaucoup. La plupart du temps tout ce que je fais c'est subir, encaisser, essayer de ne pas y penser, relativiser (y'a pire!), dédramatiser. Ça fait quarante ans que j'applique ces maigres solutions, qui peuvent se résumer dans la formule "laisser passer l'orage". Penser à autre chose j'y arrive de mieux en mieux, mais quand on a un problème ce n'est pas une solution viable. En même temps je me dis qu'il ne faut pas se plaindre (relativiser), qu'il ne faut s'en prendre qu'à soi-même de ses erreurs et qu'on est responsable de ce qu'on est (morale protestante peut-être). Après il y a les réactions émotionnelles à gérer, faire face en restant digne à ce qui remonte des bas fonds de l'âme et qui risque de vous faire craquer. Et puis, en fin de compte, face the music, and dance!

Il faut sans doute abandonner l'idée d'être compris par autrui, c'est quasiment impossible, tout juste espérer que l'autre sera assez indulgent ou assez aimant pour ne pas trop vous juger et vous condamner à l'aulne de ses valeurs, de ses convictions ou de ce qu'il sait de la vie ou croit savoir et qu'il prend pour des rocs inamovibles. Et être assez indulgent et compréhensif  soi-même et aussi lucide pour comprendre qu'il ne pourra jamais qu'essayer de vous comprendre et encore s'il essaye ça sera déjà bien! De toutes façons comment voulez-vous que les autres vous comprennent alors que vous, vous-même, vous ne comprenez pas tout de vous et vous vous connaissez si mal et eux pareils. Les hommes sont seuls, désespérément seuls et leurs douleurs sont des îles désertes, disait en substance Albert Cohen. Il exagérait bien sûr, pour la formule, mais il était proche de la vérité. Mais il avait tort aussi car seuls les ego sont séparés et comme des îles les uns par rapport aux autres, les hommes, ce n'est pas du tout inéluctable, de mon point de vue.

De toute façon il n'y a qu'une issue : l'acceptation de ce qui arrive (ce qui ne dois pas être confondu avec résignation et passivité comme le montrent les sages). Qu'on se batte mais que lorsque la bataille s'achève qu'on en accepte complètement l'issue. L'angoisse et la nostalgie ne sont que des résistances à la réalité. On va me rétorquer que je suis mal placé pour parler comme ça moi qui suis accro aux antidépresseurs, moi qui déprime justement si souvent, moi qui mène assez mal ma vie (enfin, selon les critères de "la bonne vie" occidentale) ou qui est si souvent dans le refus de la réalité (comme la plupart des gens d'ailleurs et pas pire qu'eux). C'est justement parce que je déprime et que je cherche que je pense pouvoir émettre ces idées, uniquement afin d'éclairer pour moi-même ce que je pense et non pas pour faire la leçon à autrui. Et puis on ne devient pas un sage du jour au lendemain, il y en a des résistances à vaincre, il y en a des obstacles et des émotions à négocier!

2 commentaires:

NT a dit…

Soit elle pas de temps en temps si belle, la vie serait vraiment insupportable.

(Et voilà mon français exécrable.)

Sylvain a dit…

Certains ont du mal à s'admettre tels qu'ils sont. D'autres y arrivent très bien. Ceux qui n'y arrivent pas ne sont pas forcément "à la marge", et ceux qui y arrivent peuvent être franchement décalés. On peut être content de ce décalage comme on peut le haïr.