dimanche 6 février 2011

Hasard, coïncidences

Hasard, coïncidences et un peu de chance. Il y a quelques années je travaillais dans des bureaux au-dessus d’entrepôts immenses rue de la Chapelle à Paris. Pour y aller j’avais le choix entre faire un long détour depuis l’entrée principale des entrepôts jusqu’aux bureaux en question ou bien de prendre un raccourcis peu connu, ou plutôt connu seulement des gens qui travaillaient dans le coin et dont il fallait bien avoir repéré l’itinéraire tordu et compliqué dans des couloirs déserts et par des escaliers poussiéreux, vers la sortie et la cour des entrepôts. Le raccourcis était situé au fond d’une impasse qui donnait elle même sur la rue de La Chapelle, près de l’entrée du métro. Tous les matins je prenais ce raccourcis pour aller au travail, c’était pratique et ça évitait, en particulier les jours de pluie, de faire un grand tour inutile (inutile puisqu’il y avait ce raccourcis) dans l’immense cour des entrepôts de la Chapelle.

Un matin je rencontrais une collègue à la sortie du métro et nous fîmes le chemin ensemble par le raccourcis, en bavardant. Nous ne remarquâmes rien de particulier. Une heure après notre arrivée nous vîmes arriver la police à notre bureau. Ils cherchaient des gens qui étaient passés par le raccourcis le matin même, pour leur demander s’ils avaient vu ou entendu quelque chose de particulier. Un drame était arrivé environ cinq minutes après notre passage, dans le raccourcis, des braqueurs attendaient des convoyeurs qui apportaient des sacs d’argent tous les matins à une caisse située quelque part dans le dédale du bâtiment quasi abandonné (et dont j'ignorais l'existence, et qui était très discrète puisque je pensais que le bâtiment traversé était vide). C’était uniquement des chèques, mais les braqueurs ne le savaient pas. Ils tirèrent sur les convoyeurs avec des fusils à pompes, tuant deux convoyeurs, de plusieurs balles, s’emparèrent des sacs de chèques, et en partant vers l’impasse par les sinueux couloirs du raccourcis, lancèrent un cocktail Molotov pour couvrir leur fuite vers les vélos qui les attendaient dans l’impasse (oui, c’était des braqueurs à vélo, une espèce rare mais pas moins meurtrière). Ma collègue et moi étions passés cinq minutes avant à l’endroit exact où avait eu lieu le drame (et pas un petit vol de rien du tout, deux convoyeurs avaient été tués, un agent de la caisse grièvement brulé par le cocktail Molotov). Nous n’avions rien remarqué cinq minutes avant. Et pourtant les braqueurs étaient dans la place, à attendre les convoyeurs. Nous étions passés à cinq mètres d’eux, sans doute étaient-ils cachés dans un des nombreux bureaux vides. Ils nous avaient vu passer, ou nous avaient entendu passer. Cinq minutes plus tard nous serions tombé sur le braquage et il ne fait aucun doute que les braqueurs nous auraient tiré dessus. Sans le savoir nous l’avions échappé belle.

Les braqueurs furent arrêtés quelques jours plus tard.

3 commentaires :

R J Keefe a dit…

Quel conte saisissant! Et très bien raconté!

Jacques a dit…

Et après, tu as continué à passer par là ?

jp

JR a dit…

Non l'entrée a été condamnée et de toutes façons je n'avais plus l'intention d'y passer!