Generation Kill

Il faut bien reconnaître que le film de guerre est un spectacle passionnant, et ces dernières années nous ont donné d'excellents films de guerre et des miniséries (téléfilms) extraordinaires par leur intensité et la qualité de leur réalisation. Qu'on en juge: nous avons eu "Black Hawk Down" (La Chute du faucon noir) de Ridley Scott, peut-être le meilleur film de guerre de ces dernières années, "Jarhead" de Sam Mendes, moins bien à mon avis parce qu'un peu trop distancé, "Flags of Our Fathers" de Clint Eastwood, "Band of Brothers" et "Generation Kill", et puis "Saving Private Ryan", "Battle for Haditha" et le docu-fiction "Warriors".


Si vous avez aimé "Band of Brothers" vous aimerez certainement "Generation Kill", une minisérie de chez HBO. J'ai adoré "Band of Brothers" et j'ai énormément d'intérêt et d'affection pour "Generation Kill". Dans "Generation Kill" nous sommes incorporés (en fait non, nous restons bien confortable dans notre fauteuil mais, tant le film est bien réalisé, sur le bord du fauteuil et grimaçant et regardant autour de nous pour retrouver le calme et la quiétude de notre salon alors que pendant un instant nous nous serions crû au bord de l'Euphrate sous le feu ennemi, oui, presque) dans un bataillon de reconnaissance des Marines en 2003, lors de l'invasion de l'Irak. L'histoire est racontée du point de vue d'un correspondant de guerre "embedded" dans une section de Marines et filmée au plus près des personnages, des grognards au langage fleuri, inventifs aussi bien dans l'invective et l'insulte, l'amertume, l'humour noir et le sarcasme, aux capacités étonnantes à "se démerder", affutés à combattre et à tuer jusqu'au bout des canines. On découvre qu'il ne sont pas tous aussi stupides et bouchers qu'on pourrait croire. Certes, quelques uns sont d'évidents sociopathes, mais une bonne partie sont des petits jeunes bien plus mûrs et intellectuellement évolués que nombre de petits malins civils et bien sûr, pacifistes. Ils sont même attachants ces grognards. Et le film est réaliste qui épouse étroitement les reportages du journaliste Evan Wright pour le magazine Rolling Stone (pour lequel David Foster Wallace a commis quelques magnifiques reportages) réunis dans le livre-récit éponyme du correspondant de guerre et qui bénéficie des conseils de plusieurs consultants vétérans militaires. Rappelons en passant que cette minisérie en sept épisodes est écrite et produite par David Simon et Ed Burns, tandem à qui l'on doit l'excellente série policière "The Wire". Et HBO bien sûr, chaîne sur laquelle passe autant de séries chef-d'œuvre du genre (Six Feet Under, The Sopranos, Rome, pour ne citer que celles-là). Les sept heures de diffusion permettent au film de mieux dérouler l'action, d'utiliser moins d'ellipses, de mieux incarner les personnages, de mieux rendre la complexité des choses là ou un film de deux heures est obligé de simplifier. C'est une partie de l'intérêt de ce téléfilm, l'autre est d'être particulièrement bien réalisé, au ras des pâquerettes ou plutôt des treillis, dans le feu de l'action ou de l'inaction qui est en fait le quotidien de la guerre, fait d'attentes interminables et de brusques actions dangereuses (dans le sens de radicalement dangereuses: où l'alternative c'est vivre ou mourir ou rester estropié) favorisant les giclées d'adrénaline. À voir, donc.

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