Storytelling

Vendredi 7 aout. Quémenès. Chemin sur la lande
Quemenès, aout 2009.

L'une des choses qui unit les humains sur la terre entière c'est le goût pour les histoires. Chaque homme a probablement dans ses gènes ce goût des histoires. La Bible est un recueil d'histoires, certaines très anciennes, qui racontent l'histoire de l'humanité et celle du peuple juif. Comme tous les mythes qui sont aussi des histoires que se racontent les hommes. Jésus s'exprimait volontiers en paraboles, si l'on en croit les Evangiles (quatre histoires de la vie de Jésus) parce qu'il croyait aux vertus des histoires et au fait qu'elles s'inscrivent bien mieux dans le cerveau des gens que les raisonnements et les préceptes. Homère racontait magnifiquement à ses contemporains l'histoire du siège de Troie et les aventures d'Ulysse qui ne voulait qu'une chose: rentrer chez lui retrouver sa maison, sa femme et son fils (et son chien). Les gens adorent les histoires. Mes petits neveux feraient beaucoup pour qu'on leur raconte une histoire (ils m'en réclament tout le temps, et je me sens coupable de ne pas en avoir assez en réserve pour leur en raconter plus souvent). Pas étonnant que le storytelling (l'art de raconter des histoires) envahisse tout, la politique, les affaires, la psychologie, les sciences humaines, et même l'armée ou la technologie. Pas étonnant que les blogs aient du succès, non seulement ceux qui distribuent de l'information mais aussi ceux qui racontent des histoires (et ceux qui distribuent de l'information souvent racontent aussi des histoires). Je serais le dernier à m'en plaindre car moi aussi j'adore les histoires, j'aime les lire et les écouter et j'aime en écrire. J'aime bien plus les romans que les essais d'une manière générale. Les livres de philosophie ou les essais de sociologie ou d'anthropologie, que je lis de temps à autre, semblent moins m'apprendre de choses, au fond, que les romans, ou plus exactement l'information distillée à travers une histoire pénètre beaucoup mieux mon cerveau que cette même information énoncée et démontrée rigoureusement dans un essai. C'est l'incarnation qui nous marque, plus que les raisonnements. Et puis les qualités du narrateur, son savoir faire, son style, sa façon d'utiliser la langue et la syntaxe, sa façon de raconter, tout ça participe à l'histoire. La vie, les relations humaines, les sentiments et les émotions, par exemple, on les comprend mieux en lisant Proust ou l'Odyssée qu'en lisant des traités de psychologie.

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