Mémoire des jardins

Paris, le 3 janvier 2010

Les deux Jacques, Roubaud et Réda, réunis. Mes mentors du moment (sans oublier Cingria et Bouvier).

Il m'est revenu l'autre jour, lors d'un repas familial, le souvenir des jardins que ma mère entretenait à Chinon. Ces souvenirs sont brumeux, partiels, ils ne sont fait que d'images qui me reviennent, aucune sensation, aucune odeur, aucun bruit. C'est étrange cette particularité du souvenir chez moi, des images et encore, des images furtives, des instantanés, des clichés et rien d'autre, rien. En tout cas certains souvenirs, car pour d'autres, plus récents, j'ai le son en plus. Mais pour l'enfance que des images. Je me souviens donc du jardin que nous avions en haut de la rue Jeanne D'Arc. La rue Jeanne D'Arc était une rue en pente très raide, pavée d'énormes blocs irréguliers et terriblement casse-gueules, montant au château depuis la vieille ville, et partant du puis où selon la légende, en descendant de son cheval, venue pour secouer les puces au Roi de France Charles VII et lui rappeler que son devoir était d'aller se faire couronner à Reims et ensuite de bouter les Anglais hors de France plutôt que de fainéanter avec sa cour dans les logis royaux du château de Chinon; Jeanne D'arc la Pucelle donc, mis le pied sur la margelle de ce puis qu'on peut encore de nos jours admirer, sinon toucher. En haut de cette rue, un peu en dessous de la jonction de la rue Jeanne D'Arc et de la rue du Puy des Bans, était donc un jardin en terrasse, deux étages de terrasses même. Je revois une image brumeuse de ce jardin, une image visant vers l'Est, en arrière plan la partie Est du paysage de la ville que nous dominions de notre position sur le coteau, la gare dans le lointain et la Vienne se glissant entre les champs et les plantations de peupliers. Je me rappelle aussi qu'il y avait sur la deuxième terrasse de ce jardin un cerisier qui donnait des bigarreaux, plein d'asticots ou de vers, en tout cas bien appétissants mais réservant quelques surprises. Et qu'une fois il y eu des frelons. Très craints par ma mère et par moi-même les frelons. Et c'est tout. Et encore j'ai complètement oublié l'existence de ce jardin pendant trente ans au moins, ça m'est revenu le 1er janvier. L'autre jardin je ne m'en souviens guère plus. Il était dans l'Île. L'Île avec une majuscule c'est "l'Île de Tours" à Chinon qui s'étend au milieu de la rivière, de forme allongée et très bas sur l'eau elle est régulièrement inondée l'hiver. Elle était occupée dans le temps, plus maintenant, par de petits jardins potagers. Nous en avions loué un je crois, plutôt d'agrément celui-ci, au milieu duquel il y avait une cabane en planches. Je vois l'image de la cabane en planche et de l'entrée du jardin, un portail en bois. Je me souviens que nous allions dans ce jardin l'été ou à la fin du printemps, c'était plat et humide et il y avait des moustiques le soir, il me semble. Nous allions nous baigner dans la Vienne au bout de l'Île avec ma soeur, je revois ça aussi, comme une petite vidéo (je ne trouve pas mieux comme comparaison). Il me semble pourtant, mais ni mon frère ni ma soeur ne confirment, que ma mère et moi allions aussi dans un autre jardin sur le coteau, dans une boucle du chemin appelé "le Tire-Jarret" qui serpente à l'assaut du coteau et qui tire son nom de sa raideur.

3 commentaires:

R J Keefe a dit…

Vous serez le Proust de Chinon.

To live that day a dit…

Mémoires viennent dans toutes leurs gloires en fin d'année ou au début d'une nouvelle année.

grossmann a dit…

très beau texte, Jean