Deux jours et deux nuits de pluie...

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Deux jours et deux nuits de pluie. Lorsque le soleil revient la forêt est pleine d'eau qui dégouline dans des ruisseaux temporaires ou qui stagne dans les ornières, sous les tapis de feuilles mortes. On découvre à la faveur d'une promenade qu'ils sont en train de déboiser un grand morceau de notre coin préféré. C'est une forêt de production et les coupes claires laissent un désert puis un taillis impénétrable. Notre forêt se transforme petit à petit, il ne reste rien de la forêt que j'ai connu jadis et dont j'ai encore les images dans la tête, images détaillées même ce qui est assez rare pour moi.

Promenade dans la forêt pour "vérifier les écoulements" après deux jours de pluie. La maison est en bas de la colline, on craint un peu les inondations qui viennent des bois saturés de flotte. On remonte par les chemins en regardant le niveau des eaux, en dégageant les barrages de feuilles et de branches sur les ruisseaux. À un endroit l'eau disparaît, s'écoule dans le sous sol. Il y a un trou, un puis, quelque chose de sombre et profond et qu'on ne savait pas exister là, par où l'eau s'engouffre à gros bouillon et disparaît. Sur le chemin dans les taillis un cervidé détale à notre approche, tout près. Un cerf, une biche, un chevreuil, on ne sait pas, on l'a mal vu, juste un dos fauve derrière le houx.

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rue Bretonneau

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On l'appelait "la rue des crottes de chiens" parce qu'il y en avait beaucoup dans cette rue sur laquelle donnait l'arrière de notre maison à Chinon. Dans cette ruelle j'ai passé beaucoup de temps lorsque j'étais gamin. J'avais le droit d'y faire du vélo, de bout en bout, et un bout de la rue à l'extrémité qu'on voit au fond, mais pas plus loin, d'ailleurs je ne me serais jamais aventuré plus loin, au moins jusqu'à un certain âge, je ne me rappelle plus quand, 9 ou 10 ans? où les limites sont tombées. Après j'y ai beaucoup moins joué, bien sûr. J'allais beaucoup plus loin avec mon vélo et mes copains. La rue était sinistre et sale, sanglante des rebuts du travail sanglant du boucher (la porte rouge au premier plan) d'à coté. Et y vivait cette vieille bonne femme seule, Madame Angot, qui s'amusait de nos aller-et-venues et nous donnait des friandises (elle était désespérément seule et outrageusement fardée et considérée avec suspicion par les voisins, les habitants de la ruelle, dont mes parents, à cause de sa solitude et de son maquillage outré et de son commerce avec les enfants du quartier). La rue Bretonneau qu'elle s'appelle, cette ruelle. Au bout il y avait le marchand de volailles maintenant disparu comme bien des choses et bien des gens dans cette ville où je ne reconnais personne maintenant, depuis le temps, mais où, naïvement je scrute les visages des gens que je croise, mais non, personne.

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C'était l'Hôtel de France

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Cette façade c'était l'hôtel-restaurant de mes grands parents. Mon grand père tenait la cuisine, ma grand mère l'hôtel. Ça s'appelait l'Hôtel de France et le restaurant, dans les années 20 avait même des étoiles dans le Guide Michelin. Je n'ai jamais connu mes grands parents et je n'ai jamais connu l'Hôtel de France, du moins sous leur direction. Un jour j'ai trouvé un vieux Guide Michelin dans lequel le restaurant était mentionné. Avec ses étoiles. Du jour, après la guerre, où mon grand père a eu une attaque qui l'a laissé à moitié paralysé, ma grand mère a vendu l'hôtel-restaurant et s'est mise à pousser mon grand père dans sa chaise roulante, à plein temps, un travail qui l'a tué, littéralement. L'Hôtel de France s'est appelé longtemps comme ça, après. Maintenant c'est devenu le restaurant "Au Chapeau Rouge". À Chinon. On y mange bien, j'ai essayé.

Terres ancestrales

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Je ne suis pas enclin à la nostalgie, jamais. Regretter le passé, mon enfance, ma jeunesse, connais pas. Regretter les lieux où j'ai vécu, non plus. Il doit me manquer quelque chose. Pourtant ce ne sont pas les souvenirs qui manquent, me disais-je, alors que dans l'après-midi j'arpentai les terres ancestrales, Chinon, où je suis né et où j'ai vécu pendant dix-huit ans. Chaque coin de rue me rappelle quelque chose, une personne, un micro-évenement, une période de ma vie. Rien que dans une rue, certes proche de mon ancien domicile, il y a la maison de Madame Gendron, où j'allais deux fois par semaine aux leçons de catéchisme. Et aussi celle des Maugers, des Allards, du marchand de poulets Blineau, du grand-père Pion (et sa DS dans le garage).

Cette maison au pignon rouge qu'on voit sur la photo est en haut de la rue du Puy-des-Bans que j'escaladais le jeudi avec ma mère pour aller passer l'après-midi à Roc-Maison, sur le coteau. J'avais, étant enfant, une phobie de l'incendie due à notre système de chauffage par cuisinière au charbon qui démarrait avec de grandes flammes et virait au rouge en cas de marche un peu forte. Ma mère craignait aussi l'incendie, parmi toutes les peurs qui l'accablaient, et surtout la cuisinière trop puissante et difficile à régler (un monument antique, mal pratique et effrayant, que ma mère ne voulait surtout pas troquer pour une chaudière moderne, elle détestait tout ce qui était moderne); ma mère, donc, craignait que cette cuisinière ne mette le feu à la suie de cheminée. Et moi aussi j'avais les peurs de ma mère. Cette maison au pignon rouge, je croyais dans mon enfance qu'elle avait brulé et que c'était pour cela que le pignon était rouge.

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Et pour mémoire voici la porte de la maison où je suis né et où j'ai vécu jusqu'à 17 ans et même après j'y ai campé ayant décidé de quitter le domicile familial, alors sise dans la vieille ville, pour incompatibilité d'humeur avec la nouvelle femme de mon père. C'était la "porte de derrière" car devant, dans la rue parallèle, c'était le magasin de mon père. Nous étions voisin d'un boucher, une grosse brute de boucher qui abattait des agneaux sur le pas de sa porte, à coté de la nôtre et qui vendait (vend toujours) de la viande de cheval. Et chez Blineau un peu plus loin c'était les poulets qu'on abattait en masse dans une machine ad-hoc et qui étaient plumés aussitôt, à la chaîne. L'horreur, l'horreur. Et nous étions gamins dans cette horreur ordinaire.

Nous terroriser, c'est ce qu'ils vont parvenir à faire

Pour la première fois je suis déçu par une action du Président Obama. Et suis d'accord, ô combien, avec les posts suivants trouvés dans Gizmodo et chez Bruce Schneier, extraits:

President Obama, It's Time To Fire the TSA:
"It's been nearly a decade since terrorists used airplanes to attack our country, and last week's attempt makes it clear that the lack of terrorist attacks have nothing to do with the increasing gauntlet of whirring machines, friskings, and arbitrary bureaucratic provisions, but simply that for the most part, there just aren't that many terrorists trying to blow up planes. Because god knows if there were, the TSA isn't capable of stopping them. We're just one bad burrito away from the TSA forcing passengers to choke back an Imodium and a Xanax before being hogtied to our seats.

President Obama, don't let this attack—this one attack that was thankfully stopped by smart, fearless passengers and airline staff—take us further in the wrong direction. I don't think I'm alone in feeling this way. Americans of all stripes and affiliation standing up to say, 'This isn't working. We gave you our money. You're not making us safer.' We appreciate the attempt to make us safer and acknowledge that it came from an honest attempt to protect American (and the rest of the world's) lives.

But it's a failure. It's wrongheaded. It's a farce. Tear it down. Put the money towards the sort of actions at which our government excels, like intelligence. The failure of the TSA leaves us no choice, but it's okay. The American people are ready to take back the responsibility for our own safety. Really, we already have."

Schneier on Security: Separating Explosives from the Detonator:
"what sort of magical thinking is behind the rumored TSA rule about keeping passengers seated during the last hour of flight? Do we really think the terrorist won't think of blowing up their improvised explosive devices during the first hour of flight?
For years I've been saying this:
Only two things have made flying safer [since 9/11]: the reinforcement of cockpit doors, and the fact that passengers know now to resist hijackers.
This week, the second one worked over Detroit. Security succeeded."

City lights

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Lawrence Ferlinghetti devant sa librairie "City Light" à San Francisco. Trouvé .

Je suis allé à San Francisco mais comble du comble pour un fan de Ferlinghetti, de Kerouac, de Snyder et de Ginsberg, je n'ai pas été à City Lights. Panne de cerveau. Distraction: j'étais avec deux membres de ma famille qui m'employaient comme guide à plein temps et je n'ai plus pensé à la Beat Generation.

le goût de l'argent

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J'ai rencontré deux jeunes commissaires aux comptes. Qui ne travaillent pas pour la même boite mais font le même boulot et vivent en couple. Je me suis demandé comment on pouvait être commissaire aux comptes. Et aimer ça. Et parler de ça autour du plateau-télé le soir en rentrant à la maison. Faut un rapport particulier à l'argent quand-même. Les jeunes commissaires aiment le fric. L'argent pour l'argent. Pas l'argent pour s'acheter des trucs, non, l'argent. À la limite ils achètent de l'argent avec leur argent.

Ma propension à détester les questions d'argent m'a conduit à vivre une vie de bohème (comme on disait dans le temps, enfin comme mes parents qui voyaient ça d'un très mauvais oeil disaient dans le temps). À détester compter et à dépenser sans compter. Et attention, à dépenser en livres, gadgets électroniques, appareils photos, ordinateurs, musique, pas en vêtements, électroménager, vaisselle et décoration. Toutes choses qui me dépassent. Et à me retrouver souvent sans un. Sans patrimoine (d'ailleurs le seul mot de patrimoine me remplit d'angoisse). Remarque, comme je n'ai pas non plus de responsabilité, pas d'enfants dont il faudrait que j'assure l'avenir, je peux me permettre. Dans une certaine mesure.

Encore une inadaptation manifeste.

repentir

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Je fais ce que je veux avec mon blog, hein, même supprimer un billet, oui, ça m'arrive et de plus en plus souvent, car vois-tu, lecteur, il m'arrive de ne plus supporter du tout ma façon d'écrire certains jours. Il m'arrive d'avoir envie de supprimer toute cette vanité qu'est ce weblog.

Mais comme j'aime bien cette photo, je te la remets.

Et je ne veux pas qu'on me le reproche, en plus. Certains webloggeurs de mes connaissances, très admirés de leurs fans (et avec raison) et avec qui je ne suis pas en très bonnes relations, (suivez mon regard) n'hésitent pas à revenir sur le travail du matin et même des jours passés.

Et pourquoi pas? Il y a une règle? Qui l'a écrite?

Parfois j'ai tendance à tomber d'un excès dans l'autre.

Je sais.

Je ne préfererais pas.

I would prefer not to

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Parfois tu te sens comme un étranger, oui, exactement, comme un étranger, dans un monde pourtant extrêmement familier. Tu aimerais par moments disparaître, devenir virtuel. Tu n'es vraiment pas sociable et tu ne sais pas te comporter avec les autres. Tu n'as comme guide que la littérature, au fond, à force d'avoir tellement cru que la vie s'apprenait exclusivement dans les livres. Parfois tu te sens Bartleby. Ou Shandy. Mais pas toi. En fait à ton âge à trop avoir préféré rêvé ta vie plutôt que de la vivre, tu en reviens à ton point de départ, égaré parmi les gens normaux.

Famille

Airport va mieux, je l’ai entièrement re-configuré, enfin un peu comme j’ai pu, et maintenant il fonctionne presque parfaitement.

C’est curieux la famille. Mes parents sont morts alors que j’étais très jeune et que j’étais le dernier d’une fratrie de quatre, mais très éloigné en âge des autres. Ma plus proche soeur avait quatorze ans quand je suis né et mon frère ainé a vingt ans de plus que moi. Après la mort de ma mère je suis resté avec mon père mais mes frères et soeurs ont beaucoup compté dans mon éducation et dans mon adolescence. Leurs enfants étaient plus que mes neveux: des frères et soeurs éloignés ou proches, c’était selon. Avec le temps je n’ai gardé de rapport fraternels qu’avec les enfants de ma soeur la plus proche, celle aussi avec qui j’ai passé le plus de temps. Les rapports que j’ai avec les membres de ma famille sont étranges, certains sont très proches (mon neveu et ma nièce, enfants de ma soeur la plus jeune, la fille de mon autre soeur plus âgée, le fils aîné de mon frère), d’autres plus lointains et certains que je n’ai pas vus depuis des années et que je ne connais qu’à peine — moins bien que certains de mes amis — alors que je les ai vu naître et grandir. D’une certaine façon j’ai recréé sans le vouloir consciemment une famille nucléaire, un cercle de parents et de fratrie et des cousins plus lointains voire quasiment inconnus. Mais c’est une fratrie artificielle, je ne partage pas la même histoire familiale que mes neveux et nièces, je n’ai pas la même expérience de leurs parents et de temps à autre je m’en rends compte avec une légère déception. Avec le temps cette déception s’est faite moins piquante mais elle existe néanmoins et il n’y a rien qui puisse la faire disparaître. Je serais toujours l’oncle et le petit frère et non le frère et le fils. J’ai fini par accepter cet état de fait et bien vivre avec mais ça m’a pris du temps.

Les intermittences d'AirPort

Airport déconne sur PetitMac. Il se connecte sans problème au WiFi local et puis après quelques minutes, se déconnecte et ne voit plus rien, plus de réseau, plus de Livebox, rien. Et puis il se re-connecte parfois plus tard, pour se dé-connecter de nouveau après un moment plus ou moins long. Ce sont les intermittences d’AirPort. Ce problème à débuté à Houston il y a trois semaines et c’est aggravé ensuite, même chez moi, alors qu’il est juste à coté de la Livebox et que GrosMac fonctionne parfaitement ça fait le même chose. Là, je suis à la campagne en ce moment et n’ai que PetitMac sous la main. Je vais peut-être utiliser le netbook que j’ai donné à mon beauf’ cet été, et qui fonctionne correctement, lui. Le problème est que le netbook fonctionne sous Windows et que ça me casse passablement les pieds d’être obligé d’avoir recours à Windows pour me connecter à Internet alors que j’ai un Mac qui est sensé fonctionner parfaitement bien! Cette panne, aléatoire, ne me gène pas trop, pour le reste PetitMac fonctionne comme un horloge suisse, mais c’est embêtant. J’avais envie de m’acheter un netbook pour le faire fonctionner sous Ubuntu Linux et je vais donc peut-être passer à l’acte!

Veille de Noël

La Base Secrète s'est vidée très vite à partir de quatre heures de l'après-midi. Je suis resté seul avec une collègue jusqu'à cinq heures et je suis allé prendre mon train à la Gare Montparnasse juste à coté de la Base. Direction St Pierre des Corps. C'était la foule des grands jours, la "plateforme" (on appelle ainsi l'espace devant les voies) était noire de monde. Encombrements de circulation des piétons pour arriver aux quais où, alignés comme à la parade, les TGV au départ attendaient leurs passagers. Parmi la foule les cheminots en service sont repérables: anoraks bleus et casquettes des agents de l'escale, gilets rouges des guides, vestes grises à revers violets des agents du contrôle des trains.

J'ai piqué un bon roupillon dans le train. J'adore dormir dans le TGV, c'est même mon activité favorite, légèrement bercé par les mouvements du train et le rythme régulier des bogies, je pique du nez très rapidement en général, quand je pars de Paris en fin de journée. J'aime ce sentiment de sécurité et d'isolation des avanies du monde extérieur que je ressens dans un train. Ça m'endort, je me sens bien, douillet, confortable. Ce qui ne m'arrive malheureusement pas en avion, où, malgré ma grande confiance et mon absence de peur dans ce moyen de transport, je reste tout de même inconsciemment sur mes gardes, incapable de dormir, à moins que ça soit l'excitation de prendre l'avion tout simplement. Je n'éprouve tout de même pas le même sentiment de sécurité douillette dans un avion que dans un train et le bruit régulier des bogies sur les rails, ce bruit si berçant et si familier me manque en avion.

Arrivé à St Pierre des Corps il faut prendre la navette pour Tours et là, on monte dans un "petit gris", un vieux train en alu qui dans le temps desservait la banlieue parisienne, un train froid en hiver et bouillant en été, sale et sordide. Mais le voyage est bref et j'ai rapidement embarqué dans le train régional pour Chinon. Dernière étape de ce petit voyage vers la campagne.

L'autorail s'enfonce alors dans la nuit noire en s'arrêtant dans de petites gares désolées, froides et obscures, solitaires et vides, à la périphérie de villages qu'on devine dans les ronds de lumière orange des réverbères au sodium, se reflétant dans les larges flaques noires comme la nuit laissées par la pluie qui tombe avec opiniâtreté. Villages qui paraissent bien plus sinistres et désolés dans la nuit d'hiver que dans celle d'été, réverbères à la lumière orangée aux coins des murs de maisons parfois décorées de maigres guirlandes lumineuses de Noël, qui rendent le paysage encore plus triste, paradoxalement.

Nous avons fêté Noël en petit comité, mais on ne s'est pas laissé abattre: champagne Brochot-Huat, excellent comme toujours, huitres grasses, "spéciales de claires" de La Tremblade, pâté de foie maison, salade, fromages.

La vie continue. Joyeux Noël, amis lecteurs.

Une application iPhone pour l'ethnographie

EverydayLives: An iPhone app for ethnography: ça c'est extrêmement intéressant, je vois déjà des utilisations possibles pour mon travail.

Maison à Farö

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Exactement la maison de mes rêves, en bois, extrêmement simple, voire minimaliste, très lumineuse, confortable et chaleureuse.

(via)

"ici votre commandant de bord"

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Un blog écrit par un commandant de bord sur Airbus A320 d'une compagnie commerciale américaine inconnue. Non seulement c'est très bien écrit (en anglais bien sûr) mais en plus c'est très intéressant pour celui qui s'intéresse à l'aviation, aux avions et au pilotage. C'est l'un des rares blogs dont j'ai lu toutes les archives, passionnant.

Photo du jour

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Samedi 19 décembre, Paris.

J'ai vraiment du mal à supporter ce froid. Je rêve de tropique la nuit, de pays chauds et fleuris, et j'ai souvent envie de dormir, je crois que je pourrais dormir 18 heures par jour comme les chats, en hiver, c'est la réaction de mon corps ou de mon cerveau face à l'hiver et au froid, j'ai tendance à hiberner comme les ours ou les marmottes. C'est curieux d'ailleurs cette réaction très animale. Le froid me gèle moralement aussi.

Hier soir je suis sorti pourtant pour aller passer la soirée avec mon amie M. au Coolin', rue Clément dans le sixième. M. est une collègue qui est, je crois devenue une amie. C'est assez rare que mes collègues deviennent des amis, en général ils restent des collègues et je ne les vois pas en dehors du travail et quand je change de travail ou qu'ils sont mutés ailleurs je les oublie rapidement. M. c'est différent, comme J., en fait j'ai deux amis de travail, c'est tout, en 25 ans de carrière c'est maigre. Nous avons bavardé toute la soirée en mangeant et buvant (un Irish Coffee, deux pintes de Guinness et un cheesburger pour moi). Nous avons commencé par parler du travail et des autres collègues, c'était notre embrayeur, puis on s'est mis à parler de philosophie et de psychologie et du coup c'était très éloigné de notre boulot. Nous avons parlé de Sartre et de Camus et des gens et du destin et de l'existence (ou non) de Dieu, de l'humanisme, des gens qui sont infiniment légers, ou alors des indifférents, de la gravité, des occasions manquées, du conditionnement, etc. C'était une vraie bonne conversation, une conversation digne de ce nom, une conversation allègre et agile, sans désir de faire changer d'opinion à l'autre et avec le plaisir d'écouter et de comprendre ce que pense l'autre. En France la conversation est bien souvent une joute verbale où il s'agit de convaincre un "adversaire" parfois par n'importe quel moyen, même déloyal. La conversation n'est pas un moyen d'approfondir sa connaissance mais d'affirmer son opinion et d'enfoncer le clou, une compétition et non un échange. Comme Pierre Sansot je pense que l'art de la conversation devrait être enseigné à l'école.

'le grand incendie de londres'



Grâce à Ciscoblog j'ai trouvé cette petite vidéo de Jacques Roubaud expliquant 'le grand incendie de londres' dont les six volumes viennent de paraître en un seul gros bouquins de 2009 pages! Depuis longtemps je suis un grand amateur de ce qu'écris Jacques Roubaud et ça fait plaisir de rencontrer le bonhomme à travers cette vidéo, on se dit que c'est vraiment un type sympathique, simple, cultivé et intelligent. Pendant longtemps, à chaque fois que je passais rue d'Amsterdam, entre la Gare St Lazare et la Place de Clichy (et pour des raisons professionnelles je passais souvent dans cette rue), je m'attendais à rencontrer Jacques Roubaud que je savais habiter là. Je marquais même une petite pause respectueuse devant son domicile. Je savais que si je le rencontrais je ne saurais quoi lui dire d'original (autre que "j'adore ce que vous faites") mais j'avais quand même envie de le croiser, au moins une fois.

Pedernales Falls, Texas

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La rivière Pedernales traverse le "pays des collines" du Texas à l'Ouest d'Austin.

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Le mot Pedernales désigne le silex qui parsème le lit de la rivière.

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Pedernales Falls State Park est l'endroit où j'ai fait ces photos.

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L'écrivain des neiges

The Shinning


(du film The Shinning, de Stanley Kubrick).

Miscéllanées

1- Il fait un froid de gueux et je me réchauffe à littérature sud-américaine, j'ai entrepris de lire tout ce que Paco Ignacio Taibo II avait de traduit en français et qui traine (ou trône plutôt) dans ma bibliothèque, c'est à dire tout ce qu'il a de traduit en français. Parfois je relis mais ce n'est pas gênant, j'aime tellement ce qu'écris le citoyen gauchiste du Distrito Federal (c'est curieux: j'ai beaucoup d'affection pour une certaine gauche romantique et romanesque en Amérique Latine) que s'il écrivait le bottin je trouverais ça encore génial. Mais bien entendu PIT II est un génie littéraire et écris des romans policiers magico-réalistes extraordinaires.

2- Ce qui me fait penser qu'Enrique Vila-Matas a un site d'une rare qualité, ce qu'il manque c'est juste un blog pour ce grand lecteur de blogs. Ah oui, je me souviens imparfaitement de mon Espagnol (cinq ans au collège et au lycée quand même et j'ai passé l'Espagnol à l'oral au Bac) mais ça revient vite quand on s'y met.

3- Comme je déteste cette période de Noël! Je passerai Noël à L'Essart, c'est une tradition et je suis content de voir la famille (et mon beau-frère ouvre des quantités d'huitres délicieuses et grasses (et délicieuses parce que grasses) et ma sœur fait un pâté de foie sublime). Pour le premier de l'an je vais hiberner dans mon appartement avec un bon livre et mon ordi pour écrire en buvant une bouteille de bon vin (du Sancerre blanc peut-être, ou un Chardonnay australien, ou alors un rouge de Bourgogne). C'est mon idée d'un réveillon du nouvel an réussi.

4- On accuse un collègue parfaitement ordonné d'avoir perdu une enveloppe! Evidement il s'en rend malade, lui qui est si soigneux, qui ne laisse pas une feuille dépasser des dossiers qu'il a parfaitement alignés devant lui. Cette accusation fantaisiste, probablement faite pour l'emmerder à défaut d'autre chose, l'atteint au plus haut point. Ou plutôt, au point où ça lui fait déjà mal. Pendant ce temps deux autres collègues (féminines) chuchotent des commérages à deux mètres de moi et ça m'agace violemment. Parfois simplement supporter les autres est la tâche la plus lourde de la journée de travail.

5- Je viens de découvrir que louer un appartement coquet et totalement équipé dans un quartier intéressant à Barcelone n'était pas très onéreux et m'est venue l'envie d'y aller passer quelques jours cet hiver pour retrouver un peu de soleil et la douceur méditerranéenne dont j'ai un besoin constant (je suis un vieil alligator fatigué et solitaire qui a tout le temps besoin de soleil et de chaleur pour réchauffer ses écailles ). J'ai même dans l'idée que la capitale catalane ferait un bon endroit pour me retirer lorsque j'aurais atteint l'âge. Les prix de l'immobilier y sont intéressants. Il faut que je me remette à l'espagnol.

6- Ce matin dans le métro plein à craquer, j'ai eu envie de rentrer dans le lard d'une de ces bonnes femmes collet-montées, moralistes, bourrées de principes et furieusement persuadées de leur légitimité et de leur bon droit. Celle là se plaignait qu'on ne laisse pas assez de place pour passer aux voyageurs sortant de la rame de métro et admonestait la foule sur ce point, qui était, un coup de chance, parfaitement respecté en l'occurrence. J'ai une sainte horreur de ces mégères sentencieuses!

7- Déjeuné dimanche midi dans un restaurant éthiopien à l'initiative d'AFR de passage à Paris, avec AFR donc et Daylon. La cuisine éthiopienne est délicieuse (une fois qu'on a chassé l'idée que ça ressemblait à du dégueuli) mais il faut la manger avec les doigts, et une crêpe. Je ne connaissais pas. C'est très épicé mais ça, ça me plait plutôt, et un peu rustique. J'y retournerai, quoique ça ne soit pas vraiment donné (Godjo, 8 rue de l'Ecole Polytechnique, Paris, 30 euros par personne pour un plat d'échantillon de quatre plats traditionnels éthiopiens, une bière éthiopienne, un dessert et un café).

Linkdrop for 2009-12-13

Norman Rockwell's photos
Norman Rockwell’s rosy illustrations of small town American life looked so photographic because his method was to copy photographs that he conceived and meticulously directed, working with various photographers and using friends and neighbors as his models.

Ghosts of Shopping Past (The Morning News): Brian Ulrich photos of ancient temples of commerce.

Josh Keyes | Paintings and Drawings : a strange vision, the clash between nature and civilization.

RadarVirtuel - Trafic Aérien en temps réel : pour suivre le trafic aérien européen en temps réel. Très impressionnant le dimanche soir sur Paris ou tout le temps sur Heathrow. Encore quelques défauts mais un bel effort.

Wet Borders: Microslums and Meanders:
Migingo Island, home to some 300 residents, sits precariously within Lake Victoria along the watery border of Uganda and Kenya. Its undetermined origins declare that either: a) two Kenyan fisherman settled there in 1991, or b) a Ugandan fisherman also claimed to have settled there in an abandoned house in 2004. Regardless, since that time, the place has really taken off – becoming what one journalist called a microslum. Each successive year that the level of Lake Victoria decreased, the originally rocky tip exposed greater landmass to occupy. So, complicating matters is Lake Victoria’s rapidly receding lake. But why here, why such a precious outpost?

Glacier threat to Bolivia capital (BBC) :
La Paz already has one global claim to fame: as the world's highest capital. If the most extreme climate predictions are right, and water shortages become severe, it may acquire another claim in coming decades: as the world's first capital to run so dry that it has to turn people away.

FUI Fantasy User Interfaces | Mark Coleran Visual Designer: fake UI for movies, fantastic designer.

Extreme oil: Scraping the bottom of Earth's barrel (New Scientist):
The pressure is on to keep the black stuff flowing and so the next two decades will see an unprecedented effort to exploit increasingly exotic and unconventional sources of oil. They include tar sands (a mixture of sand or clay and a viscous, black, sticky petroleum deposit called bitumen), oil shale (a sedimentary rock containing kerogen, a precursor to petroleum) and synthetic liquid fuels made from coal or gas.

Netscapes (Wired Magazine): the geography of the Internet, not virtual this time.

Houston gay mayor

Qui a dit que Houston, la quatrième ville des États-Unis, était rétrograde et conservatrice? La première femme ouvertement lesbienne vient d'y être élue maire. Annise Parker, 53 ans, Démocrate modérée a été élue maire de la ville de Houston avec 52,8% des voix. Bon, la participation électorale a été un très maigre 16,5%, ce qui devrait tempérer quelque peu la portée de cette élection. Le candidat opposé à Parker, Gene Locke était un noir libéral (de gauche donc...).

American suburban landscape (9)

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Patriotic statement.

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Here too. Flags are ubiquitous in front of houses in the suburbia.

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Fairly typical house, in Houston at least.

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Southern plantation style?

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Manor House, looks like an institution or something, but it's somebody's home.

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Complicated rooflines are much appreciated.

All pictures taken November the 27th in Lakeside Estates subdivision, Houston, Texas.

Les idées de l'année

The Ninth Annual Year in Ideas - Magazine - NYTimes.com: chaque année je me régale avec ce numéro spécial du New York Times Magazine et sa liste des idées, certaines franchement farfelues, saugrenues, souvent géniales de l'année. Passionnant et amusant.

Il n'y a pas de trou noir dans l'Atlantique!

Comme je le signalais l'autre jour un Airbus A330 d'Air France a connu des problèmes sur la route Rio-Paris, à peu près au même endroit que AF447 de sinistre mémoire. Rappelons les données de l'incident telles qu'elles ont été rapportées: le 30 novembre 2009 un Airbus A332-200, immatriculation F-GZCU était en vol à FL380 (38000 pieds, 12000 mètres) sur la route UN866 juste avant le point DEKON à 680 nautiques au nord-est de Fortaleza au Brésil et à 750 miles nautiques de Praia au Cap Vert, quand l'équipage a déclaré une urgence (MAYDAY) sur la fréquence internationale indiquant qu'ayant rencontré des turbulences sévères ils descendaient à une altitude inférieure. La suite du vol s'est déroulé sans encombre et l'avion a atterri à Paris sans problèmes. Le MAYDAY a été relayé par une Airbus A330 de la TAM qui venait en sens inverse et qui se trouvait dans le secteur. Une série de coïncidences troublantes ont affecté les deux vols, celui de AF445 et celui de de AF447 (crashé) et la presse réagit ce matin en commentant largement l'incident de vol.

Les rapprochements entre les deux vols? (1) la route, Rio Paris; (2) la nuit, (3) le temps perturbé dans le pot-au-noir, (4) le numéro de vol AF445 remplaçant AF447, (5) l'avion un A330 d'Air France dans les deux cas, (6) le fait que le problème rencontré par AF445 s'est produit près du point DEKON alors que celui de AF447 s'est produit près du point TASIL sur la route UN873 à environ 50 miles nautiques au sud-est du point DEKON.

Les deux incidents sont, en fait, très différents. AF445 a rencontré une zone de fortes turbulences et a appliqué les procédures prévues lorsqu'un avion de ligne veut changer d'altitude ou de route dans une zone non couverte par les radars ni, a fortiori, par les ATC. Dans une zone couverte quand on veut changer d'altitude ou de route, voire même de vitesse, il faut demander l'autorisation à l'ATC qui a l'avion en charge ou du moins, en cas d'urgence, lui signaler. Quand il aborde une zone non couverte l'avion a une route et une altitude choisis par l'équipage et son dispatcher et assignés par le contrôle et n'est pas censé en changer jusqu'à ce qu'il sorte de la zone non couverte et qu'il puisse contacter de nouveau le contrôle qui réceptionne les avions de l'autre coté de la zone. Le 1er juin dernier AF447 a rencontré un problème inopiné encore inconnu à peu près au même endroit mais dont les conséquences ont été catastrophiques avec perte du pilote automatique, des instruments de vol, de l'électricité et de la pressurisation.

Dans le cas de AF445 il n'y a eu aucune défaillance des instruments de vol et en particulier aucun dysfonctionnement des tubes de Pitot (qui indiquent la vitesse de l'avion et qu'on accuse dans le cas d'AF447). Quand il a rencontré la zone de fortes turbulences l'équipage de AF445 a décidé de descendre, pour ce faire il a lancé un MAYDAY pour prévenir les avions autour de lui, de son changement d'altitude.

Bon, il y a une petite incertitude sur la descente, certains disent 600 mètres, d'autres disent 1500. Ensuite il me semble (mais c'est une opinion personnelle qui me vient de mes faibles connaissances en radiotéléphonie) qu'un MAYDAY est approprié quand il y a un problème grave ET un danger pour les vies humaines, quand il y a un problème grave seulement c'est un PAN qu'on envoie.

Le BEA (Bureau Enquêtes Accidents) a lancé une enquête sur l'incident de AF445 en espérant que ça lui apporte un éclairage sur le crash de AF447. Les journaux font quelques gros titres sur un éventuel "trou noir" de l'Atlantique qui n'existe que dans leur tête!

'Imperial'

'Imperial,' by William T. Vollmann -- New York Magazine Book Review:
Imperial is like Robert Caro’s The Power Broker with the attitude of Mike Davis’s City of Quartz, if Robert Caro had been raised in an abandoned grain silo by a band of feral raccoons, and if Mike Davis were the communications director of a heavily armed libertarian survivalist cult, and if the two of them had somehow managed to stitch John McPhee’s cortex onto the brain of a Gila monster, which they then sent to the Mexican border to conduct ten years of immersive research, and also if they wrote the entire manuscript on dried banana leaves with a toucan beak dipped in hobo blood, and then the book was line-edited during a 36-hour peyote séance by the ghosts of John Steinbeck, Jack London, and Sinclair Lewis, with 200 pages of endnotes faxed over by Henry David Thoreau’s great-great-great-great grandson from a concrete bunker under a toxic pond behind a maquiladora, and if at the last minute Herman Melville threw up all over the manuscript, rendering it illegible, so it had to be re-created from memory by a community-theater actor doing his best impression of Jack Kerouac. With photographs by Dorothea Lange.

My love of big books will not be deceived, I don't know about my back, my wrists and my sanity (or what is left of it).

American suburban landscape (8)

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Little contradiction: the sign "Welcome" and the little sign for warning that a private security company is watching the premises!

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Some houses are empty and decay quickly. In this climate, hot and humid, in this town built on drained swamps, a house not looked after is good to be bulldozed quickly. The houses are made of wood and have no underpinning. They are easily destroyed and promptly built again.

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The suburbia is made of dead ends.

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Local politics: Gene Locke for mayor, this citizen displays his electoral preferences on his front yard — in France you never see that! It's profoundly unfrench to display its political choices in front of its property, or on its car for that matter!

American suburban landscape (7)

I tried to be respectful of reality, to favor truth over beauty, to document the suburbia, the Houston suburbia, but it's always me who glances at these houses, my glance, my mood at the moment of the picture. I like this landscape. The styles of these houses inspire me and make me laugh and disorient me a little, interest me.

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Fake manor, Houston. The house are made of wood or chipboard and plaster, the bricks are only for decorating.

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Clapboards, but these are not in wood, it's some metallic clapboards, strange isn't it?

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Tudor? Fake, anyway!

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I never took a picture of a house which didn't surprise or amuse me.

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The plantation style is frequent.

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American suburban contemporary, most definitely!

A little coastal town: Seabrook, Texas. (2)

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A little coastal town: Seabrook, Texas. (1)

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Seabrook is a coastal town, close to Kemah, Texas on Galveston Bay, on the other side of the road from the Johnson Space Center. Some roads bear the names of famous astronauts ("Deke Slayton Highway"). There are bayous, swamps and mosquitoes, mostly. No beaches.

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(part of the ongoing project: American Suburbia).