dimanche 15 mars 2009

photos de rue (2)

Revenons aux photos de rue. Suite à mon post d'hier j'ai reçu deux commentaires très intéressants. Je vais y répondre ici.

C'est exact que la plupart des gens trouvent désagréable d'être photographiés. Passons rapidement sur mes réactions personnelles à la photo : je n'aime pas trop me faire photographier mais uniquement parce que j'ai une mauvaise image de moi-même, mais je n'empêcherai jamais quelqu'un de le faire. Par contre, ça me gène qu'on publie ma photo sur le net avec mon nom (sans mon nom je m'en fiche), voilà. Toujours pour les mêmes raisons.

Des photographes de rue il y en a eu beaucoup dans le passé, des célèbres et géniaux : Robert Doisneau, Henri Cartier Bresson, Robert Frank, Diane Arbus, Gary Winogrand,pour ne citer qu'eux, aujourd'hui aussi : Joel Meyerowitz, Markus Hartel, Philip Lorca Di Corcia... La photographie de rue a donc acquis ses lettres de noblesse. Les mêmes qui détestent se faire photographier dans la rue vont aimer les photos de Robert Doisneau. La photographie de rue est dite "humaniste" en France, c'est dire...

Cependant de nos jours le photographe qui fait des images dans la rue peut être un professionnel, un amateur éclairé, un badeau qui occupe son temps, un amateur de jolies filles, un espion ou un pervers. Tout le monde a un appareil photo et avec l'apparition des caméraphones et la gratuité virtuelle des photos numériques les gens se sont mis à faire des photos partout et en tous lieux et, pire, ont publié leurs images sur le web sans tenir le moins du monde compte de rien, de la législation comme du savoir-vivre, comme de la discrétion... Pas étonnant que des histoires ont couru et que la parano ait augmenté. Pour le photographe de rue légitime, l'émule de Doisneau et de Winogrand c'est une catastrophe. En peu de temps les gens ont commencé à se méfier et a réagir de plus en plus négativement aux photographes, les autorités se sont mises à interdire et la photographie de rue est passée d'une activité artistique légitime à une activité soumise au soupçon d'espionnage et de perversité.

Il faut cependant prendre en compte cet état de fait quand on veut faire de la photo de rue. Soumettre sa pratique au principe de réalité. Il est hors de question de demander aux gens l'autorisation avant de les photographier, sauf dans de rares cas précis, parce que ça ruinerait la spontanéité de la scène. Mais selon moi il vaut mieux proscrire la photo volée, celle qu'on prend en cachette. Mieux vaut shooter franchement, avec un gros appareil pour faire plus "pro" et pas avec un téléphone (my mistake!), sans se cacher, avec un aplomb qui renforcera votre aspect "légitime". Le choix du sujet a son importance dans ce cadre. Mieux vaut éviter les enfants, ça c'est dommage parce que ça fait des images intéressantes mais c'est vraiment trop connoté pervers de nos jours, donc les gamins c'est interdit et c'est très risqué. Les couples c'est plus embêtant et pas facile de les éviter (qu'on pense aux amoureux de Doisneau ou aux "couples qui s'ennuient" de Martin Parr, irrésistibles), donc je crois qu'il faut y aller mais sur la pointe des pieds, si j'ose dire. Là comme partout la personnalité et l'attitude du photographe est importante, il doit avoir l'intuition de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, de l'atmosphère et de l'ambiance générale des endroits où il peut faire des images et là où il est risqué d'en faire. Il doit aussi savoir expliquer aux gens ce qu'il fait de façon franche, souriante et respectueuse. On passe au pire pour un gentil cinglé avec une marotte un peu bizarre, mais ça vaut mieux que de passer pour un pervers. Et il faut respecter les gens qui vous disent ou qui vous signifient que non, il ne veulent pas être photographiés, et baisser votre appareil ostensiblement à ce moment là et leur sourire avec au besoin un petit signe de la tête signifiant que vous avez compris.

On ne changera pas le monde et nos contemporains, mieux vaut donc s'y adapter quitte à laisser passer de belles photos, et puis n'est pas Doisneau qui veut!

8 commentaires :

Wictoria a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Wictoria a dit…

je me souviens avoir pris une fois une photo où l'on peut reconnaître franchement les gens, c'est pourquoi je leur ai donc demandé s'ils ne voyaient pas d'inconvénients à se retrouver sur un site internet, ils ont dit "pas de problème" alors tout baigne :)

les photos, c'était pour illustrer le site de café Le parvis à Beaubourg :
http://cafeleparvis.blogspot.com/

sinon, j'aimerai bien faire des "portraits", mais je n'ai absolument pas le matos, et encore moins le temps de m'y mettre sérieusement...

Je me régale des tiennes ;)

Brigitte Curdel a dit…

les amoureux de Doisneau c'était une mise en scène et une belle photo
demander aux gens avant de les prendre en photo ne change rien à la qualité d'expression, des fois c'est même mieux, ça m'est arrivé souvent, d'avoir alors un beau regard, un beau sourire, quelque chose de très sympa

bref je pense, mais on en a déjà discuté je crois, que faire de la (bonne) photo c'est pas une question de matériel, ni de cadrage, ni de technique, c'est une question feeling, de relation à l'autre,
en gros tu fais un beau portrait si tu aimes l'autre... et l'autre se laisse tirer le portrait s'il t'apprécie

allez, à plus
(tiens j'ai mis l'adresse de mon dernier site (pas terminé encore..)
y'a quelques portraits :-)

wictoria a dit…

superbe site Brigitte ! bravo !

JR a dit…

je ne fais pas de portrait, je fais des photos de scènes de rue, c'est un peu différent et je suis absolument certain que la photo perd de sa spontanéité quand on demande aux gens si on peut les prendre en photo, certes ils peuvent avoir une jolie pose ou/et un beau sourire mais ce ne sera pas la spontanéité ou l'instant décisif.

JR a dit…

ah et puis Brigitte j'aime beaucoup tes photos mais ça tu le sais déjà, et aussi j'ai remarqué plusieurs scènes de rue et même une scène à la terrasse d'un café ou manifestement tu n'avais pas demandé avant de prendre la photo :-)

JR a dit…

@Wictoria : merci :-) je fais très rarement de portraits, je ne suis absolument pas doué pour ça !

Brigitte Curdel a dit…

bon, salut! et merci Wictoria pour le compliment...
je crois JR que la photographie c'est un art.... et ce n'est pas prétentieux que de le dire, des fois je préférerais n'avoir jamais touché un appareil photo de ma vie,
et le premier que l'on m'a mis dans les mains était un instamatic, et je crois que je faisais les mêmes photos que celles que je fais aujourd'hui...

comme tu dis c'est l'instant, un truc, posé ou pas, le petit quelque chose qui fait la chose
tu me parles des photos dans les bars: si, bien sûr j'étais vue, je portais l'appareil photo comme un ostensoir, sauf qu'au bout d'un moment les gens ont oublié que je l'avais, mais ils savaient tous que je les prenais en photo, faut pas croire, les gens ne sont pas dupes
en Espagne, un coiffeur qui était dans un des bars dont tu parles, m'a même proposé d'aller photographier son officine, j'en ai fait de très belles images (que je ne retrouve plus, dommage) des gens qui se faisaient raser
(si je me permets de dire que ce sont de très belles images, c'est derrière il y a de l'amour, je crois, des gens, ce sont eux qui font la beauté des images, pas le photographe, ou alors les deux...