tourisme

Ouessant est devenu une destination touristique majeure pendant l'été. Parking éloigné, gardé et payant, relié par navettes mini-bus au port, bateaux remplis de touristes, très rapides, fendant les eaux de l'Iroise. Sur l'île, mini-bus un peu plus rustiques et cars pour rallier Lampaul, restaurants, crêperies, bistrots et boutiques pour touristes à foison, tours de l'île commentés en cars, loueurs de vélos en pagaille, tout est bon pour essayer de gagner un peu d'argent sur le dos des touristes, ce que je trouve parfaitement légitime mais un peu fatiguant. Le touriste, vacancier français en Bretagne pour la plus grande part, veux "faire" Ouessant. Dans le bateau les gens parlent de prochaines destinations : il faut aller à Audierne, faire le tour des enclos paroissiaux, visiter Locronan, allez voir la ville close à Concarneau. Les vacances ne sont pas le moment de se détacher de la Machine, la même productivité est exigée, la même grégarité que le reste de l'année est nécessaire pour se sentir bien, il faut rentabiliser à fond le temps passé à être en vacances et pouvoir raconter aux collègues de travail ou aux amis, en rentrant, tout ce qu'on a accomplis. Et bien sûr dans le bateau nouveau le calme est interdit : radio à fond, France Bleue Breiz Isel qui vous donne toutes les demie-heures l'état du monde et les performances des athlètes bretons à Pékin (il y en a).
Toute cette énergie dépensée à être normal me fatigue, m'agace et m'attriste, me donne le cafard. En même temps je me dis qu'il faut ça pour que la société fonctionne et que je suis un privilégié qui profite de ce monde décérébré, asservis, pour ne pas, ou peu, y participer et je me sens vaguement anormal, et coupable, d'être, à mon âge, aussi asocial.
Après m'être autant frotté au monde normal, j'ai besoin, aujourd'hui, de calme et de solitude, pour me ressourcer.