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AVESNES-SUR-HELPE (Nord) (AFP) - Le professeur de Berlaimont (Nord) qui avait giflé un élève de 11 ans l'ayant insulté a été condamné mercredi à une amende de 500 euros par le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe (Nord).
En 8ème — classe aujourd’hui appelée le CM1 — en 1967, l’instituteur était Monsieur C., un grand type brun, sportif, tennisman, conseiller municipal probablement radical (c'est-à-dire en France, centriste), honorablement connu des citoyens de la petite ville où je vivais. Son seul défaut aux yeux de mes concitoyens était qu’il ne buvait que de l’eau, ce qui, dans un pays de production vinicole était plutôt mal considéré. C’était, de l’avis de tout le monde, un bon instituteur, très traditionnel mais laïc et républicain dans l’âme. L’opinion des élèves à son égard était plus nuancée. Il était considéré comme un maitre sévère, qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Il faut dire que Monsieur C. n’hésitait jamais à distribuer les punitions corporelles. La gifle c'était son truc à Monsieur C, parfois sur une, parfois sur les deux joues, en fonction de la gravité de la transgression ou de son agacement. Geste appliqué sans colère mais avec détermination. Gifle cuisante et souvent humiliante, donnée devant tous les autres élèves, pour punir ou, bien souvent, comme aide à la pédagogie. Je me souviens d’une scène où une grosse fille de la campagne fut la victime de cette pédagogie de choc. Elle n’arrivait pas à comprendre les fractions alors Monsieur C la convoqua au tableau noir, et là, devant toute la classe — une trentaine d’élèves en général aussi sadiques que des spectateurs de corrida et se délectant du spectacle — il lui posa des questions et à chaque fois que la pauvre fille répondit une bêtise il lui appliqua une gifle retentissante sur ses joues rouge vif baignées de larmes. La gamine pris ainsi une dizaine de baffes. Elle n’avait rien fait de plus grave que de ne rien comprendre aux fractions et Monsieur C était probablement persuadé de faire son travail de pédagogue en la traitant ainsi. Ces pratiques ne lui furent jamais reprochée par quiconque et jamais bien entendu il ne fut pensable de le traduire devant les tribunaux pour ce qu’il faut bien appeler des violences gratuites. Autres temps... Bien après mon passage dans sa classe, où je fus victime, comme les autres, de gifles sans jamais me plaindre, cet instituteur continua ses pratiques sans être le moins du monde inquiété, sans qu'on pensât le moins du monde à l'inquiéter et pris une retraite qu’il mène paisible encore, je crois, au moment où j’écris, et je me demande ce qu’il pense en lisant la nouvelle ici mise en exergue.