photo "candide"

Photographier les gens dans la rue, sans leur demander l'autorisation, c'est quelque chose qui m'intéresse et que je pratique de temps à autre. Au-delà du coté légal (en gros : on peut photographier les gens dans les lieux publics mais utiliser leur image sans leur autorisation, la publier par exemple, est justiciable), il y a la simple politesse qu'il faut transgresser. En effet si on demande aux gens, ils perdent toute spontanéité, la photo perd son statut de photo spontanée pour devenir un portrait avec sujet qui pose, ce qui peut être bien aussi mais autre chose. Pour le photographe il y a un petit coté chasseur dans la pratique de la photo de rue, pas déplaisant au fond, une façon d'utiliser son "œil" de photographe, voire de l'affûter, d'être rapide et d'être gonflé (le nec plus ultra de la photo de rue étant de "shooter" son sujet de près en grand angle, une sorte de défi!) et de saisir des expressions, des visages et des attitudes spontanées et émouvantes. Mais encore faut-il, selon moi, respecter son sujet, voire même l'aimer, à sa manière. Trop de photographes de rue photographient les gens comme s'ils photographiaient les animaux au zoo. Je photographie les gens qui m'émeuvent et que je trouve beaux (donc les filles surtout) et je ne publie que les photos réussies d'un point de vue du sujet (pas quand le sujet apparaît ridicule ou laid ou difforme). Au fond, c'est une question de morale.
En France et particulièrement à Paris la réaction des gens aux appareils photographiques est presque toujours négative, parfois même carrément hostile. Il faut faire confiance en ce domaine à son instinct avant de viser quelqu'un. On apprend vite à repérer les individus ou les situations risquées. Inutile de tenter le diable. Pour les autres s'ils font signe qu'ils ne veulent pas être pris en photo je pense qu'il faut s'exécuter immédiatement et ne pas publier leur image si on a fait la photo. Autrement, si le sujet vous adresse la parole, il faut répondre le plus aimablement et le plus sereinement possible, sourire, expliquer simplement ce que l'on fait. En général si on est repéré un sourire, un petit signe de reconnaissance suffit à dissiper la tension. D'une manière générale il faut être le plus discret possible tout en ne se cachant pas, il faut passer inaperçu (chose qu'évidement, avec mon mètre quatre vingt dix et ma silhouette dégingandée je n'arrive pas à faire!). J'ai vu, je ne sais plus où, une vidéo de Diane Arbus au travail et c'était incroyable la façon qu'elle avait de disparaître, de faire partie du paysage à tel point qu'elle shootait les gens de très près et que ceux-ci ne s'en rendaient même pas compte.

5 commentaires:

julien a dit…

c'est moi aussi une des choses que j'aimerais savoir faire plus et mieux, prendre des cliches d'inconnus dans la rue. c'est tres difficile. j'ai lu les articles suivants, ou le photographe explique son point de vue et expose ses methodes et tips sur la "street photography", avec interet:
http://2point8.whileseated.org/?p=3

Rose etc a dit…

et toi, est-ce que tu aimes que l'on te photographie?
pour ma part, je ne prends des gens en gros plan qu'avec leur accord (avant ou après) car en général, je ne prends pas des inconnus dans la rue, où alors je m'arrange pour qu'ils ne soient pas reconnaissables.
En fait je considère la photographie comme une rencontre, l'occasion d'échanger quelques mots et parfois plus. C'est sur ce plan qu'elle m'intéresse.
je trouve les images volées détestables, surtout quand elle sont interprêtées. je me souviens de qui tu connais qui avait pris en photo une petite fille aveugle, j'avais trouvé cette photo volée tout simplement immonde.
je crois qu'il faut surtout avoir beaucoup d'humilité quand on photographie, je crois aussi que c'est un acte comme un autre, d'aller vers les autres ou pas. cela se voit d'ailleurs dans le résultat. la photographie n'est que l'image que l'on a de soi...
j'ajoute que quand tu prends un sujet de face, et qui te regarde, tu vois bien cette image qu'il te renvoie

JR a dit…

Qu'on me photographie ne me gène pas, c'est qu'on publie ma photo AVEC mon nom qui me gène. Anonymement je m'en fous.
Sincèrement.
Je ne suis pas d'accord avec toi, Rose, de grands photographes ont fait des images "candides", avec talent. De belles images, intéressantes, qui ne se moquent pas, qui portent un témoignage. Il faut jeter à la poubelle les oeuvres de Walker Evans, Elliott Erwit, Philip Lorca Di Corcia, Robert Doisneau, Joel Meyerowitz, Winogrand, Friedlander?
La photo de la petite fille aveugle dont tu parles ne m'a pas semblé immonde, je n'ai d'ailleurs pas compris ta réaction, à ce moment là. Mais peut-être suis-je un peu handiccapé du sentiment, trop détaché. Je ne crois pas que la photographie ne soit que l'image que l'on a de soi, j'ai de bonnes raisons de penser que non, en fait, pas pour tout le monde en tout cas et pas QUE ça. Pour moi le photographe n'a qu'un devoir : rendre compte du monde qui l'entoure en passant par sa personnalité propre, être un témoin, montrer quelque chose, témoigner de la beauté du monde ou de sa laideur ou de sa violence, après ce témoignage peut être lyrique, froid, empathique, signifiant, littéraire, réveur, c'est là, le tempérament du photographe qui entre en compte. Et il faut que cette image soit équilibrée, harmonieuse, qu'elle "fonctionne" au plan esthétique. Autrement c'est un exercice un peu vain.
Enfin c'est mon opinion. C'est pour ça que je n'aime pas beaucoup les photos de studio ou les photos carrément trafiquées.
Et que j'aime bien la streetphoto.

R J Keefe a dit…

Diane Arbus: à New-York on est toujours quasi inconscient. On reste un peu privé dans la rue.

Rose etc a dit…

je ne sais pas qui sont les "grands" photographes, et je ne suis pas sûre qu'un Doisneau n'est pas mis en scène ses photos...pour les autres je ne sais pas
quant à l'esthétique, l'équilibre etc c'est une question de point de vue
et en fait je m'en fous, car pour ma part ce qui m'intéresse c'est la rencontre avec l'autre, et je reste persuadée que l'on photographie une image de soi, et quand on est comme tu dis "handicapé du sentiment", ça se voit...